Bien des technologies ont vu le jour, pour ensuite disparaître, au cours des dernières décennies. Certains concepts étaient voués à l’échec (beenz est un parfait exemple). D’autres ont démarré lentement pour ensuite devenir généralisées. Bien que chaque technologie suive sa propre trajectoire d’adoption, la majorité d’entre elles ont un parcours assez typique. Une technologie passe d’un marché de niche à une offre grand public selon ce que certains spécialistes appellent le phénomène de l’« allée de quilles », alors que la réussite d’une technologie au sein d’un secteur (quille à l’avant) crée des occasions dans des marchés indirectement liés (quilles secondaires).

Travaillant sur des projets liés à la chaîne de blocs depuis 2016 dans le laboratoire de l’innovation sur le commerce de CGI* et ayant collaboré à bien des projets portant sur les technologies émergentes auparavant, je réalise que la chaîne de blocs passe maintenant de la phase expérimentale à celle des solutions prêtes pour l’exploitation. De plus, son utilisation ne se limitera plus aux services financiers. Nous verrons cette année si les projets pilotes peuvent être lancés en production.

Dans ce billet de blogue, j’expliquerai les propriétés caractéristiques de la technologie de registre distribué (ou « chaîne de blocs ») et l’utilisation de ces propriétés dans le monde du financement commercial, et je décrirai leur possible mise à profit dans d’autres secteurs d’activité.

Qu’est-ce que la chaîne de blocs?

Tout d’abord, il importe d’offrir une définition rapide. À la base, la chaîne de blocs est un registre (relevé de transactions) partagé entre les utilisateurs d’un réseau. Toutes les transactions du réseau sont enregistrées, et chaque utilisateur a accès au relevé. Puisque tous les utilisateurs ont la même version des faits, il est plus difficile pour l’un d’entre eux de falsifier une transaction. La chaîne de blocs permet à un réseau d’indiquer la réalisation d’une transaction ainsi que de définir les règles (contrats) pour chaque transaction.

Cette technologie novatrice repose sur trois principales propriétés :

  • Désintermédiation de la confiance
  • Immutabilité du relevé
  • Logique du contrat intelligent

Ces propriétés définissent également les avantages de la chaîne de blocs par rapport aux approches existantes de tenue de comptes. Pour en apprendre davantage à propos des principes de base de la chaîne de blocs*, consultez le blogue de mon collègue Sean Curry.

Désintermédiation de la confiance

Habituellement, les organisations et les personnes sans engagement entre elles n’ont pas la confiance mutuelle requise pour effectuer une transaction. Pour toute transaction, les intervenants doivent avoir confiance en :

  • l’engagement de transférer la valeur entre les parties;
  • la véracité de la propriété de la valeur transférée;
  • la légitimité de la valeur transférée.

De façon traditionnelle, la relation de confiance était soutenue par des entités neutres et centralisées telles que des banques. Mais ces entités centralisées représentent un point de défaillance unique, et les aiguillons du marché peuvent les pousser à adopter des comportements qui sont loin d’être neutres. Les protocoles de la chaîne de blocs sont une solution à ces problèmes de confiance, remplaçant la contrepartie centrale par une entente de registre distribué et partagé. De fait, quelques banques centrales partout dans le monde ont étudié l’utilisation des registres distribués pour simplifier les transactions transfrontalières et les processus de paiements. Un bon exemple des premiers cas d’utilisation est le partenariat entre CGI et Ripple; plus récemment, l’Asie du Sud-Est* et l’Arabie saoudite* ont également tenté l’expérience.

Bien que les banques aient été les premières à s’y intéresser (elles seraient donc la quille à l’avant), de nombreuses entreprises cherchent maintenant à mettre la chaîne de blocs à profit pour réduire les problèmes d’efficacité de leur secteur d’activité. Par exemple, la chaîne de blocs pourrait révolutionner les marchés boursiers en permettant les transactions d’actions en quelques minutes plutôt qu’en quelques jours. D’ailleurs, en 2015, Nasdaq a développé un marché pour les titres du secteur privé nommé Linq. Une chaîne de blocs a également été mise à l’essai dans le domaine du traitement des réclamations d’assurance*, pour documenter les propriétés assurées et payer les indemnisations plus rapidement.

Immutabilité du relevé

Le recours de la chaîne de blocs à la cryptographie est l’un de ses principaux facteurs de différenciation. Dans une entente de registre distribué, la cryptographie sert à maintenir un registre immuable de toutes les transactions réalisées. Ceci suscite la confiance envers les parties concernées et envers l’origine de l’actif ou de la valeur transigés.

Dans le cadre de mon travail et de mes recherches, je remarque que les organisations de services financiers utilisent l’immutabilité pour améliorer la détection des fraudes et repérer les actes de blanchiment d’argent. La visibilité complète est de plus en plus populaire, au-delà du secteur bancaire. Les secteurs manufacturier, du commerce de détail, des biens de consommation et autres se fient à l’authenticité des composants, et ils peuvent maintenant en faire le suivi dans toute la chaîne d’approvisionnement.

Selon moi, cette fonctionnalité changera le monde actuel, en améliorant le contrôle de la qualité, en offrant une plus grande transparence aux auditeurs et aux autorités de réglementation et en permettant une meilleure validation des biens et services (ainsi que de l’identité des individus). Les décisions d’achat seront simplifiées grâce à l’identification de l’origine et du parcours de la marchandise.

Contrats intelligents

Les contrats intelligents sont des circuits d’inclusion, soit des scripts à l’intérieur de chaque transaction concluant un accord automatiquement lorsque certaines conditions sont remplies. Ils peuvent intégrer une logique contractuelle rendant l’exécution autonome. Les obligations codées et organisées avec des contrats intelligents sont simples à reproduire et elles tirent profit de la sécurité, de la vérifiabilité, de la transparence et de l’immutabilité de la chaîne de blocs. Dans le cas des banques, les contrats intelligents servent notamment à transformer les anciens systèmes d’échange de données informatisées (EDI) et les environnements centraux. Grâce aux interfaces de programmation d’applications (API), les banques peuvent maintenant fonctionner à la fois à l’ancienne et selon les nouvelles tendances. En conjuguant les contrats intelligents complexes et définis avec le cycle de processus de vente complet de la majorité des entreprises et surtout des fabricants, les banques sont en mesure de proposer leurs produits et services, tels que les lettres de crédit, de façon novatrice. De plus, en utilisant les API pour tirer profit des nouvelles technologies, les banques peuvent continuer d’utiliser l’infrastructure dans laquelle elles ont investi et conserver leur position, tout en étant assez flexibles pour réagir aux nouveaux concurrents et aux rivaux de longue date.

Prenons par exemple le processus de base d’un prêt hypothécaire commercial. De nombreuses parties prenantes recueillent, préparent, étudient et approuvent l’information. Les constructeurs, les entrepreneurs, les architectes, les concepteurs-paysagistes et les inspecteurs doivent obtenir de nombreuses approbations pour réaliser les différentes étapes du projet. La technologie de chaîne de blocs permet de simplifier le flux de l’information, l’approbation et le financement et offre une meilleure gestion de projet et une plus grande responsabilisation.

Il ne s’agit ici que d’un exemple parmi tant d’autres du rôle de catalyseur de la chaîne de blocs dans la transformation numérique au sein de nombreux secteurs d’activité.

Mes collègues et moi étudions la chaîne de blocs sous plusieurs angles, notamment pour son utilisation dans le secteur public* ou encore les défis qu’entraîne la consommation d’énergie liée à la chaîne de blocs*. Je publierai bientôt un nouveau billet de blogue portant sur l’adoption de la technologie et sur les principaux obstacles que doit surmonter la chaîne de blocs pour devenir plus populaire et diffuser sa valeur à plus grande échelle.

*en anglais

À propos de l’auteur

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Nancy Amert

Director, Consulting Services

Nancy has 25+ years’ experience in banking and trade and is a recognized thought leader in blockchain and distributed ledger technologies (DLT).

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