Magali Amiel

Magali Amiel

Directrice, responsable sectorielle mondiale, Secteur manufacturier

Dans les deux premiers billets de blogue de cette série, « Le nouveau mandat du secteur manufacturier » et « Préparer l’entreprise pour une transformation alimentée par l’IA », je me suis penchée sur la façon dont les fabricants renforcent leur résilience face à une incertitude constante ainsi que sur les raisons pour lesquelles le déploiement de l’intelligence artificielle (IA) à grande échelle nécessite une base organisationnelle plus agile.

Le prochain enjeu va au-delà de l’entreprise. L’avantage concurrentiel dépendra de la capacité des fabricants à se connecter efficacement à leurs fournisseurs, à leurs fournisseurs de services logistiques, à leurs clients et à leurs partenaires technologiques afin de prendre de meilleures décisions et de réagir à l’évolution constante des conditions.

Les signaux externes sont aussi importants. Les fluctuations de la demande, les événements météorologiques, les barrières commerciales, les droits de douane et les bouleversements géopolitiques peuvent rapidement perturber les activités de fabrication. Les organisations qui intégreront aussi ces signaux aux processus décisionnels seront mieux positionnées pour intervenir.

Pour les dirigeants du secteur manufacturier, je crois que deux capacités contribueront de plus en plus à cet avantage : la fluidité et la modularité. La fluidité désigne la capacité de faire circuler l’information, les matériaux et les décisions d’un réseau à l’autre avec moins d’obstacles. La modularité est la capacité de faire évoluer les technologies, les capacités ou les relations sans avoir à repenser tout le réseau.

Combinées, ces capacités fournissent une façon d’envisager la prochaine étape de la transformation du secteur manufacturier, ce qui crée les conditions propices à une visibilité partagée, à une collaboration fondée sur la confiance et à une meilleure mise en commun des capacités.

Les chaînes d’approvisionnement deviennent des réseaux de création de valeur

Pendant des décennies, les fabricants ont optimisé les chaînes d’approvisionnement pour accroître l’efficacité, réduire les coûts et favoriser des activités « juste à temps ». De récentes perturbations ont exposé les limites d’une optimisation visant seulement l’efficacité.

Les conclusions de notre étude La voix de nos clients 2026 révèlent l’ampleur de la pression exercée. Soixante-huit pour cent des hauts dirigeants du secteur manufacturier indiquent que les bouleversements de l’ordre économique et commercial mondial ont d’importantes répercussions sur les organisations.

Les fabricants y répondent en augmentant la visibilité de bout en bout, en diversifiant les sources d’approvisionnement et en misant sur la régionalisation des réseaux d’approvisionnement. Ils utilisent également l’IA pour améliorer les prévisions et accélérer les prises de décisions au fur et à mesure de l’évolution des conditions.

D’ici 2030, les réseaux d’approvisionnement sont susceptibles de devenir de plus en plus prédictifs et autonomes, à l’aide de l’IA, des jumeaux numériques et d’une collaboration en temps réel afin d’anticiper les perturbations et y répondre de façon plus efficace.

Il en résulte une transition des chaînes d’approvisionnement linéaires vers des réseaux adaptatifs de création de valeur. La résilience reposera sur la capacité de l’ensemble du réseau à réagir, et pas uniquement sur la solidité d’une entreprise.

La capacité numérique et la confiance déterminent l’état de préparation de l’écosystème

Pour que ces réseaux fonctionnent, l’information doit circuler d’une organisation à l’autre. Parallèlement, les fabricants doivent avoir confiance dans l’information qu’ils transmettent et dans l’usage qu’en feront les autres.

Notre étude souligne cet enjeu. Cinquante-quatre pour cent des fabricants indiquent qu’ils disposent d’une stratégie globale de données, mais seulement 48 % d’entre eux sont en mesure de localiser facilement leurs actifs de données. Quatre-vingt-quatre pour cent priorisent l’évaluation des cyberrisques au moment de choisir des fournisseurs de TI, tandis que seulement 36 % considèrent que la convergence de leurs données de TI et de TO est mature.

Ces chiffres mettent en lumière une problématique plus globale. La participation de l’écosystème nécessite ce que j’appelle une « capacité numérique », soit la capacité à tirer parti de plateformes modulaires pour se connecter, à gérer les données de manière sécurisée, à renforcer la convergence des TI et des TO ainsi qu’à collaborer sans compromettre le contrôle ni la souveraineté.

Les fabricants ne peuvent pas bien participer si des systèmes fragmentés ou encore des données incohérentes les maintiennent isolés. De plus, ils n’arrivent pas à établir des relations fondées sur la confiance s’ils ne peuvent pas évaluer le niveau de sécurité de leurs partenaires et de leurs fournisseurs.

Le défi, d’un point de vue de leadership, n’est donc pas seulement de connecter davantage les systèmes, mais de le faire de manière sélective et sécurisée tout en maintenant la gouvernance et le contrôle dont chaque participant a besoin.

L’IA et des écosystèmes de données plus intelligents

Les espaces de données proposent une approche. Ils créent des environnements gouvernés au sein desquels les organisations peuvent échanger les données convenues tout en conservant le contrôle sur leur utilisation.

Utilisés de façon efficace, ces espaces peuvent favoriser la traçabilité, la planification, la durabilité, la création de rapports et une intervention plus rapide en cas de perturbation, ce qui constitue le volet d’un nouveau modèle opérationnel pour un secteur manufacturier moderne.

Bien que les données fiables donnent une visibilité sur l’ensemble des réseaux et des écosystèmes de fabrication, l’IA aide les organisations à en tirer parti.

Les fabricants peuvent utiliser l’IA pour détecter les perturbations en amont, anticiper les variabilités et coordonner les réponses liées aux activités de planification, d’approvisionnement, de production et de logistique.

Notre étude démontre que 66 % des fabricants appliquent l’IA à leurs activités opérationnelles et à leurs processus d’affaires essentiels, alors que 73 % explorent l’IA agentive.

La prochaine vague de valeur générée par l’IA ne proviendra pas d’analyses plus intelligentes dans des silos fonctionnels. Elle découlera d’une réponse orchestrée dans l’ensemble du réseau, en faisant le lien entre la planification et l’approvisionnement, entre la production et la logistique ainsi qu’entre la visibilité et une prise de décisions plus rapide.

Et cela va au-delà de l’IA : les technologies émergentes comme l’informatique quantique pourraient éventuellement étendre les possibilités en matière d’optimisation, de simulation, de science des matériaux et de conception des réseaux d’approvisionnement.

Reste à savoir quand et comment ces technologies atteindront un niveau de maturité suffisant pour être exploitées. Cette incertitude peut susciter de l’hésitation. Attendre trop longtemps peut ralentir le progrès, mais adopter trop rapidement une architecture rigide peut réduire la marge de manœuvre future.

Les fabricants doivent donc pouvoir s’appuyer sur une fondation qui leur permet de déployer de nouvelles capacités au fur et à mesure que les technologies et les cas d’affaires évoluent. La modularité leur permet de s’adapter sans miser toute l’architecture sur la capacité à prévoir la suite des choses.

La prochaine étape repose sur le partage des risques et des retombées, ainsi que sur des conseils fiables

La prochaine phase de la transformation de l’écosystème dépendra de plus en plus sur le partage des risques et des retombées. Les fabricants devront collaborer avec des partenaires qui les aideront à moderniser les fondations, à élaborer les stratégies d’IA, à renforcer la sécurité, à favoriser les changements organisationnels et à assurer une exécution à l’échelle sans simplement transférer le risque à l’entreprise.

Les pressions liées aux talents accentuent ce changement. Quarante-quatre pour cent des fabricants mentionnent avoir de la difficulté à recruter des talents en TI. Quarante et un pour cent indiquent que les pénuries de talents ont d’importantes répercussions sur l’entreprise, et 71 % s’attendent à dépendre en grande partie, voire entièrement, de fournisseurs pour leurs services en TI au cours des trois prochaines années.

L’enjeu va au-delà des services en mode délégué. Il s’agit d’un virage stratégique fondé sur les capacités des partenaires, qui permet aux organisations d’accéder à une expertise spécialisée tout en conservant les connaissances et la responsabilité qui les distinguent.

Concrètement, cela signifie repenser la façon dont se conjuguent la gouvernance, l’architecture, la sécurité, l’adoption et la création de valeur à mesure que les fabricants deviennent toujours plus interdépendants de leurs partenaires.

Les dirigeants de prochaine génération du secteur manufacturier maîtriseront la fluidité et la modularité

Les chefs de file du secteur manufacturier ne seront pas ceux qui auront les meilleures usines, ni les coûts les plus bas, ni le plus de projets pilotes en IA. Ce seront ceux qui pourront s’intégrer en toute confiance à des écosystèmes fiables et s’adapter à leur évolution.

Les dirigeants actuels doivent donc se poser une autre question : optimisons-nous chaque partie de l’entreprise séparément ou créons-nous plutôt les conditions favorables pour faire circuler la valeur dans l’ensemble du réseau?

La réponse réside dans la qualité des fondations établies par les fabricants. Peut-on obtenir l’information nécessaire à la prise de décisions? L’intégration des nouvelles capacités est-elle possible sans repenser l’architecture? Les partenaires peuvent-ils collaborer sans compromettre le contrôle?

Ces questions mettent concrètement à l’essai la fluidité et la modularité, en plus d’illustrer une évolution plus large : le leadership ne se limite plus à l’optimisation des activités internes, mais vise aussi à créer les conditions propices à la circulation de la valeur au-delà de l’entreprise.

Si vous souhaitez comprendre comment ces changements transforment votre réseau de fabrication, je serais heureuse de comparer nos perspectives.

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À propos de l’auteur

Magali Amiel

Magali Amiel

Directrice, responsable sectorielle mondiale, Secteur manufacturier

À titre de responsable du secteur manufacturier à l’échelle mondiale, Magali dirige la stratégie industrielle à l’échelle mondiale et locale, soutient le développement des relations avec les clients clés, et guide les décisions d’investissement dans les domaines de croissance prioritaires afin d’accélérer les résultats d’affaires ...