La cryptomonnaie stable est souvent décrite comme l’avenir des paiements. Mais pour les banques, les entreprises et les organismes de réglementation, la réalité est plus nuancée. Bien que les réseaux de cryptomonnaie stable affichent des volumes importants sur la chaîne, une grande partie de cette activité reste concentrée sur les marchés des actifs numériques plutôt que sur les paiements courants.

Dans cet épisode du balado De la transaction à la confiance, Andy Schmidt, responsable mondial des services bancaires chez CGI, s’entretient avec David Hooper, responsable du centre d’excellence canadien en matière de système bancaire ouvert et de paiements chez CGI, pour explorer les domaines où la cryptomonnaie stable gagne du terrain, ceux où les limites persistent et pourquoi les dépôts jetonisés suscitent un intérêt croissant de la part des institutions financières réglementées.

« L’avenir ne réside probablement pas dans le fait que les consommateurs paient leur café avec une cryptomonnaie stable, affirme M. Hooper. L’occasion réside vraiment dans la modernisation de ces mouvements de fonds institutionnels. »

Distinguer l’engouement pour la cryptomonnaie stable de leur adoption dans la vie réelle

L’une des plus grandes idées fausses concernant la cryptomonnaie stable est qu’elle fonctionne déjà comme un moyen de paiement courant.

« La plus grande idée fausse, explique M. Hooper, c’est de croire qu’elle fonctionne déjà comme une infrastructure ou un moyen de paiement courant. »

En pratique, une grande partie du volume actuel de cryptomonnaie stable est liée aux marchés des cryptomonnaies. Par exemple, un opérateur de marché peut vendre des bitcoins et transférer le produit de la vente dans une cryptomonnaie stable avant d’acheter un autre actif numérique. Cette transaction peut apparaître comme une activité liée à la cryptomonnaie stable, mais elle ne représente pas nécessairement une adoption de la cryptomonnaie stable comme moyen de paiement dans le monde réel.

Pour les banques et les entreprises, la question clé n’est pas de savoir à quel point les volumes de cryptomonnaie stable semblent importants, mais plutôt dans quels domaines la cryptomonnaie stable permet de résoudre des défis commerciaux.

Les domaines où la cryptomonnaie stable s’avère utile

La cryptomonnaie stable gagne en popularité là où ses caractéristiques apportent une valeur ajoutée évidente : rapidité, disponibilité, programmabilité et capacité à transférer de la valeur sur des marchés fragmentés.

« On l’utilise partout où ses caractéristiques permettent de résoudre un problème ou une source d’irritation spécifique », explique M. Hooper.

Au-delà du commerce des actifs numériques, l’un des domaines les plus prometteurs est celui de la gestion de trésorerie et de liquidités des institutions. Les entreprises opérant sur plusieurs fuseaux horaires, devises et unités d’affaires sont souvent confrontées à des heures limites, des temps d’arrêt et des déficits de liquidité. La cryptomonnaie stable peut aider à transférer de la valeur lorsque les systèmes de paiement traditionnels ne sont pas disponibles.

Le financement transfrontalier est un autre domaine d’intérêt. La cryptomonnaie stable peut aider les organisations à gérer les décalages temporels et à transférer des liquidités là où elles sont nécessaires lorsque les marchés ouvrent ou que les réseaux de paiement deviennent disponibles.

Parallèlement, le mouvement d’un jeton ne représente qu’une partie du processus de paiement. La liquidité, le rachat et le règlement restent des considérations importantes. 

Pourquoi les dépôts jetonisés sont importants pour les banques

Un thème central de la discussion est la distinction entre la cryptomonnaie stable et les dépôts jetonisés. La cryptomonnaie stable est généralement émise par le secteur privé et représente une créance sur les réserves ou les actifs de l’émetteur. Les dépôts jetonisés sont différents. Ils représentent de l’argent déjà détenu en dépôt au sein d’une banque réglementée.

« La cryptomonnaie stable est émise par le secteur privé et est censée être rachetée contre vos actifs », explique M. Hooper, « alors qu’un dépôt jetonisé correspond à de l’argent déjà en dépôt au sein de l’institution. »

Pour les banques, les organismes de réglementation et les entreprises clientes, cette distinction est importante. Les dépôts jetonisés permettent de préserver les atouts de la monnaie bancaire réglementée tout en modernisant la façon dont elle circule. Ils offrent également un lien plus clair avec les bilans existants, la surveillance prudentielle et les relations bancaires de confiance.

Pour les banques, l’occasion ne consiste pas simplement à émettre un nouveau jeton. Il s’agit de moderniser la forme de la monnaie tout en préservant la confiance, la gouvernance et la confiance réglementaire qui sous-tendent les services financiers.

Le rôle des banques dans la gestion du défi de la conversion en monnaie fiduciaire

Une grande partie des discussions sur la cryptomonnaie stable porte sur la rapidité avec laquelle les jetons peuvent être transférés d’un portefeuille à l’autre. Mais M. Hooper souligne que la conversion en monnaie fiduciaire est l’un des aspects les plus négligés des paiements basés sur la cryptomonnaie stable.

« Le transfert de fonds d’un portefeuille A vers un portefeuille B sur une chaîne est instantané, explique-t-il. Mais ensuite, il y a ce processus de conversion en monnaie fiduciaire. »

La sortie de la chaîne est l’étape où un jeton est reconverti en monnaie fiduciaire utilisable. Cette étape nécessite de la liquidité, l’accès à des infrastructures de paiement et souvent des opérations de change. Quelqu’un doit être en mesure de fournir au destinataire la monnaie locale, puis de racheter ou de rééquilibrer le jeton par la suite.

« Le volet du règlement ne se fait pas en temps réel, explique M. Hooper, et cet aspect n’est pas vraiment résolu par la cryptomonnaie stable. »

Cela confère un rôle important aux banques. Les banques gèrent déjà la liquidité, le crédit intrajournalier, le risque de règlement, les opérations de change et la connectivité aux réseaux de paiement. À mesure que les modèles de cryptomonnaie stable mûrissent, les banques pourraient être bien placées pour fournir l’infrastructure de confiance nécessaire afin de rendre les mouvements de monnaie numérique fiables et évolutifs.

Construire l’avenir d’une monnaie numérique de confiance

L’avenir des paiements ne sera pas uniquement façonné par les jetons. Il dépendra de la confiance, de la gouvernance, de l’interopérabilité et des enjeux économiques.

Pour les banques, la priorité est de préserver les atouts de la monnaie bancaire tout en permettant des formes de transfert de valeur plus rapides, plus programmables et plus accessibles. Pour les entreprises, l’accent devrait être mis sur les défis concrets de la gestion de trésorerie, notamment les liquidités immobilisées, le financement transfrontalier et l’exposition au risque de change. Pour les banques centrales, l’accent restera probablement mis sur le règlement de gros et la stabilité financière.

« Pour les banques, la priorité doit être de préserver les atouts de la monnaie bancaire tout en modernisant son format », explique M. Hooper.

La cryptomonnaie stable a ouvert un débat important sur les transferts de valeur. Mais la prochaine étape dépendra de la capacité des institutions financières à allier rapidité et confiance.

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