Découvrez les sujets clés de cet article
- Les cryptomonnaies stables : une réserve de valeur ou un réseau de paiement?
- Les cryptomonnaies stables comparativement aux dépôts jetonisés : une distinction essentielle
- Les usages réels de la monnaie jetonisée aujourd’hui
- Les limites des cryptomonnaies stables
- Cryptomonnaies stables — des réseaux de paiement aux systèmes de liquidité
- Pourquoi les cryptomonnaies stables ne sont pas bien adaptés aux paiements de détail aujourd’hui
- La prochaine ère de l’arbitrage : leçons des transactions à haute fréquence
- Répercussions pour les banques, les sociétés et les banques centrales
- Conclusion
Les cryptomonnaies stables sont souvent décrites comme l’avenir de l’argent. Avec plus de 300 milliards de dollars en circulation aujourd’hui, et des projections de 2 à 4 billions de dollars d’ici 2030, elles attirent de plus en plus l’attention des banques, des autorités de régulation et des milieux d’investissement.
La demande croissante accélère les investissements dans les cryptomonnaies stables et crée plusieurs évolutions sur le marché. Un sondage d’American Banker indique que 47 % des banques font état d’un intérêt de leurs clients pour des informations générales sur les cryptomonnaies, 35 % pour les paiements en cryptomonnaies et 27 % pour la conservation institutionnelle1. Malgré la croissance rapide de l’offre et des volumes de transactions, il existe peu de preuves que les cryptomonnaies stables pénètrent de manière considérable les paiements courants.
En 2025, les réseaux de cryptomonnaies stables ont traité un volume total d’environ 35 billions de dollars. Cependant, l’essentiel de cette activité reflète des opérations de transaction, de gestion de liquidité et de transferts internes propres aux marchés des cryptomonnaies, et non des paiements. Lorsque ces flux sont isolés, l’activité de paiement dans l’économie réelle est estimée à environ 390 milliards de dollars, soit environ 0,02 % de l’activité de paiement mondiale. Même à l’intérieur de ces 390 milliards de dollars, l’utilisation est concentrée dans des segments précis2.
Les paiements interentreprises représentent environ 226 milliards de dollars (environ 60 %), le reste étant réparti entre les transferts de fonds, les dépenses par carte et les cas d’usage spécialisés. Même dans les paiements interentreprises et les transferts de fonds, les cryptomonnaies stables restent une goutte d’eau dans l’océan. Autrement dit, elles sont en croissance, mais principalement dans les contextes institutionnels et propres à l’écosystème des cryptoactifs, et non dans les paiements de détail quotidiens..
Cela ne diminue pas l’importance des cryptomonnaies stables en tant qu’instrument financier émergent. Cela souligne plutôt que leur utilité actuelle est concentrée dans des contextes précis, différents des systèmes de paiement traditionnels. La majorité des volumes observés continuent de passer par des plateformes d’échange centralisées où les cryptomonnaies stables jouent avant tout un rôle de gestion de liquidité sur les marchés des cryptoactifs — agissant de fait comme des « réserves temporaires en dollars numériques » entre les transactions plutôt que comme un moyen de paiement. Par exemple, lorsqu’une personne vend du Bitcoin et le convertit en une cryptomonnaie stable comme Tether (USDT) ou USD Coin (USDC), elle peut conserver ces fonds jusqu’à leur réallocation.
Parallèlement, le paysage réglementaire commence à se formaliser. Les États-Unis ont mis en oeuvre la loi GENIUS en juillet 2025. Au Canada, le gouvernement a déposé un projet de loi et travaille à l’élaboration d’un cadre de gestion des cryptomonnaies stables qui devrait être mis en oeuvre en 2027.
À mesure que les cadres réglementaires se précisent, les émetteurs de cryptomonnaies stables sont de plus en plus tenus de détenir des réserves liquides de haute qualité, de maintenir des exigences de capital et d’assurer des mécanismes de rachat fiables en situation de crise. Cela est notable dans la mesure où ces exigences rapprochent les cryptomonnaies stables de structures de bilan comparables à celles des banques.
Par conséquent, la distinction entre cryptomonnaies stables et dépôts jetonisés repose de moins en moins sur la technologie et de plus en plus sur la structure juridique et la confiance.
Ce qui mène à une question fondamentale :
Les cryptomonnaies stables représentent-elles une nouvelle forme d’argent ou simplement une représentation symbolique d’une valeur déjà détenue ailleurs?
Les cryptomonnaies stables : une réserve de valeur ou un réseau de paiement?
Les cryptomonnaies stables dans leur forme actuelle ne sont pas largement acceptées comme moyen de paiement par les commerçants et les entreprises. Par conséquent, elle fonctionne principalement comme un instrument de valeur stockée utilisée pour les transferts ou la détention à court terme, plutôt que comme un moyen de paiement. Pour fonctionner comme de véritables instruments de paiement, les cryptomonnaies stables nécessitent des points d’entrée et de sortie plus intuitifs et sans friction — c’est-à-dire des mécanismes permettant de les acheter, de les utiliser et de les revendre facilement et à faible coût; sans cela, les gains d’efficacité et les avantages attendus disparaissent.
Plus fondamentalement, elles s’appuient sur une forme de rachat et de règlement en monnaie fiduciaire pour conclure toute transaction réelle. Elles présentent également un profil de risque distinct : elles comportent des risques de contrepartie et de liquidité solvabilité de l’émetteur, qualité des réserves, capacité de rachat) très différents de ceux associés aux dépôts bancaires.
Les cryptomonnaies stables représentent une évolution logique des pratiques de gestion de trésorerie et de liquidité. Plus qu’un nouveau paradigme de règlement. Ce qui suscite le scepticisme chez beaucoup, c’est le discours selon lequel les cryptomonnaies stables constitueraient un remplacement imminent de l’argent, des paiements de détail ou des réseaux de paiement existants. La réalité est plus nuancée. Les cryptomonnaies stables ne représentent aujourd’hui qu’un nombre limité de cas d’utilisation immédiatement viables.
Ces cas d’utilisation sont réels, valables et significatifs sur le plan commercial, mais ils sont principalement institutionnels, en circuit fermé, et axés sur la trésorerie. En pratique, leur utilisation actuelle correspond davantage aux instruments de trésorerie et, à bien des égards, aux dépôts jetonisés axés sur les mouvements de liquidité plutôt que sur les paiements des utilisateurs finaux.
Cas d’utilisation des cryptomonnaies stables
Plusieurs de ces cas d’utilisation ne sont pas uniques aux cryptomonnaies stables. Ils reflètent une demande plus générale pour des mouvements de liquidité en temps réel, transfrontaliers et disponibles en continu; des capacités qui stimulent également le développement de solutions de dépôts jetonisés au sein du système bancaire.
Marchés et échanges d’actifs numériques
Utilisés comme principaux instruments de transfert de valeur pour acheter, vendre et transférer de la valeur entre des cryptoactifs ou des actifs jetonisés, sans recourir au financement en monnaie fiduciaire ni aux réseaux de paiement bancaires.Mouvements internes de trésorerie au sein des unités d’affaires ou plateformes mondiales
Permet aux entreprises opérant dans plusieurs pays de repositionner rapidement leurs fonds sans dépendre des horaires de fermeture des systèmes bancaires.Transferts en dehors des heures de travail et entre les fuseaux horaires, hors des heures d’ouverture des banques et des systèmes de paiement
Permet de déplacer la valeur le soir, le week-end ou entre les fuseaux horaires lorsque les systèmes de paiement traditionnels ne sont pas disponibles.Paiements programmables
Utilisés pour les scénarios où les fonds sont distribués automatiquement selon des règles prédéfinies ou des déclencheurs externes. Bien que souvent associée aux stablecoins, cette capacité reflète des tendances plus larges en matière d’orchestration des paiements et de programmabilité, et n’est pas propre à la monnaie jetonisée.Transferts transfrontaliers plus rapides entre fournisseurs de paiements
Utilisés par les fournisseurs de services de paiement et les entreprises de technologies financières pour transférer de la valeur entre les pays ayant plus de vitesse et de contrôle que les banques correspondantes traditionnelles, en particulier lors de la gestion du calendrier, des horaires de fermeture des systèmes bancaires ou des contraintes de financement.
Ces cas d’utilisation sont principalement axés sur les opérations et la gestion des liquidités ou de la trésorerie, plutôt que sur les scénarios de paiement des consommateurs.
Les cryptomonnaies stables comparativement aux dépôts jetonisés : une distinction essentielle
L’une des distinctions les plus importantes qui sont souvent floues dans le discours public est la différence entre :
- Un jeton représentant un dépôt bancaire;
- Un titre ou instrument adossé à des actifs émis à l’extérieur du cadre de dépôt.
Un dépôt jetonisé est un jeton numérique qui représente de l’argent déjà dans un compte bancaire; il s’agit simplement d’une représentation numérique d’une créance sur le bilan d’une banque réglementée – une créance sur les dépôts. Le droit de créance, le risque de crédit et le traitement réglementaire restent ancrés au dépôt lui-même. Le jeton est un nouveau format pour transférer de la valeur. Il ne s’agit pas d’une nouvelle catégorie d’actifs. En ce sens, les dépôts jetonisés représentent une monnaie bancaire nativement numérique, tandis que les cryptomonnaies stables représentent les créances numériques émises sur des actifs de réserve. Du point de vue du risque, la différence est fondamentale : une cryptomonnaie stable adossée à des actifs dépend de plusieurs facteurs, notamment les réserves, les dépositaires, les mécanismes de rachat et la solvabilité de l’émetteur.
Cette distinction est importante, car les jetons de dépôt héritent du cadre de confiance du système bancaire : réglementation prudentielle, exigences de fonds propres, couverture de liquidité, surveillance et régimes de résolution établis. Les cryptomonnaies stables adossées à des actifs ne le sont pas, peu importe leur qualité de construction.
Pour cette raison, les initiatives les plus crédibles menées par les banques aujourd’hui sont mieux comprises comme des dépôts jetonisés fonctionnant au sein de réseaux propriétaires ou permissionnés, et non comme des instruments de paiement ouverts à l’usage de détail. Les grands livres bancaires ne sont pas mondiaux et ne se règlent pas instantanément!
Les dépôts jetonisés évitent également un défi structurel qui émerge dans les marchés de cryptomonnaies stables : la fragmentation. Comme ils représentent des passifs bancaires réglementés plutôt que des jetons émis de manière privée, ils maintiennent une seule unité de compte ancrée dans le système bancaire plutôt que de multiples instruments concurrents liés à la même monnaie.
Les usages réels de la monnaie jetonisée aujourd’hui
Les cas d’utilisation les plus solides et immédiats pour les cryptomonnaies stables et les jetons de dépôt sont d’abord institutionnels :
Gestion de la trésorerie et des liquidités :
Transférer les liquidités entre les entités juridiques, les succursales et les régions 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, y compris en dehors des heures d’ouverture, les week-ends et les jours fériés.Règlement intrabancaire et entre sociétés affiliées :
Prolonger efficacement le jour ouvrable au-delà des heures limites des virements, des TEF et des RTGS.Flux transfrontaliers de gros :
Réduire le recours aux opérations par correspondants bancaires pour certains corridors.Mobilité du collatéral :
Mouvement rapide de la valeur pour gérer la marge, le risque de règlement et les réserves de liquidités.Disponibilité accrue du capital :
Comme solution de rechange aux comptes préfinancés, ils peuvent libérer du capital à d’autres fins (coût d’opportunité).
Dans ce contexte, les cryptomonnaies stables fonctionnent moins comme un réseau de paiement que comme un outil de gestion de trésorerie. Elles compriment les cycles de règlement, réduisent les frictions opérationnelles liées aux fuseaux horaires et aux heures limites, et améliorent l’efficacité des liquidités. Elles n’éliminent ni le risque de change (FX), ni le risque de financement, ni le risque de crédit; elles en modifient simplement la gestion.
Pour la plupart des institutions financières réglementées, les dépôts jetonisés constituent l’évolution la plus naturelle. Ils préservent le cadre juridique et réglementaire de la monnaie bancaire tout en introduisant les avantages opérationnels du règlement jetonisé — programmabilité, disponibilité 24 h/24 et 7 j/7, et transfert atomique. Toutefois, les dépôts jetonisés peuvent introduire leur propre fragmentation entre les institutions et les réseaux.
Les limites des cryptomonnaies stables
Le rôle caché de la rampe de sortie
La composante la plus négligée des paiements en cryptomonnaies stables est la rampe de sortie. Alors que les transferts de jetons sur les réseaux de chaînes de blocs sont quasi instantanés et atomiques, la conversion en monnaie fiduciaire n’est ni l’une ni l’autre. La rampe de sortie doit financer le paiement au bénéficiaire en monnaie locale, généralement à partir de bassins de liquidités ou de facilités de crédit préfinancées.
En pratique, cela signifie que la rampe de sortie avance les liquidités avant le règlement. À la réception de la cryptomonnaie stable, elle détient un actif numérique alors qu’elle a déjà décaissé des fonds en monnaie fiduciaire. Cela crée un écart de financement temporaire qui doit être géré au moyen de stocks, de remboursements ou de flux de compensation.
Cela introduit une réalité structurelle : les paiements en cryptomonnaies stables ne relèvent pas uniquement d’une innovation en matière de messagerie ou de règlement, mais aussi d’un enjeu de liquidité et de gestion de trésorerie. La composante de la chaîne de blocs peut être atomique, mais la composante en monnaie fiduciaire dépend toujours de la capacité du bilan, de la liquidité de marché et des coûts de financement.
Par conséquent, les modèles de paiement en cryptomonnaies stables ressemblent davantage aux systèmes traditionnels de correspondance bancaire et de compensation des devises qu’à une forme fondamentalement nouvelle de mouvement monétaire.
Contraintes structurelles sur les paiements
Les cryptomonnaies stables sont souvent présentées comme une solution universelle aux frictions de paiement. En pratique, leurs avantages dépendent du contexte et comportent des compromis. Bon nombre de ces contraintes découlent directement des besoins liés à la gestion de la liquidité des rampes de sortie, du financement et de la conversion entre les systèmes en jetons et systèmes en monnaie fiduciaire.
Les rampes d’entrée et de sortie demeurent un point de friction majeur : les cryptomonnaies stables doivent tout de même être achetées, échangées et tarifées. Chaque conversion entraîne une dépendance des coûts, de la diffusion et de l’exploitation.
Les frictions de change (FX) persistent : elles sont reportées et non éliminées. Les structures de coûts sont opaques : les frais de transaction, les écarts de marché, les coûts de conservation et de stockage des portefeuilles et les primes d’exécution érodent rapidement les gains d’efficacité théoriques.
La confiance ne s’adapte pas automatiquement : l’adoption de masse exige la confiance dans le rachat, la liquidité, la gouvernance et la certitude juridique — domaines où la fragmentation mine l’échelle.
Ces contraintes sont gérables pour les banques et les grandes entreprises opérant à grande échelle, où des fonctions de liquidité, de crédit et de trésorerie existent déjà. Elles sont beaucoup plus difficiles dans un contexte de paiements de détail où la simplicité, la transparence et l’ubiquité sont essentielles.
Cette dynamique est souvent occultée dans les schémas simplifiés dits de « sandwich de cryptomonnaies stables », où les mouvements de jetons semblent atomiques, alors que le règlement en monnaie fiduciaire et le financement des liquidités restent externes à la chaîne de blocs.
Cryptomonnaies stables — des réseaux de paiement aux systèmes de liquidité
Pourquoi les cryptomonnaies stables ne sont pas bien adaptés aux paiements de détail aujourd’hui
Les paiements de détail réussissent lorsqu’ils sont universels, invisibles, bon marché et fiables. Les cryptomonnaies stables dans un contexte de vente au détail échouent sur ces quatre plans… aujourd’hui.
Les consommateurs ont peu de tolérance pour :
- La gestion des portefeuilles et des clés
- La volatilité des prix
- Les transactions irréversibles
- Les structures tarifaires complexes ou opaques
C’est pour cette même raison que le Bitcoin et les autres actifs numériques demeurent des moyens de paiement marginaux. Les frictions restent tout simplement trop importantes et la proposition de valeur trop faible par rapport aux cartes, aux paiements instantanés et aux transferts entre comptes.
Là où les cryptomonnaies stables offrent un avantage
Les cryptomonnaies stables ont effectivement de la valeur dans des contextes précis et restreints, en particulier lorsque l’infrastructure bancaire traditionnelle est limitée, fragmentée ou inaccessible. Dans ces environnements, les cryptomonnaies stables peuvent fournir un mécanisme de rechange pour détenir et transférer la valeur en dehors des systèmes financiers conventionnels. Cela peut simplifier certains types de transferts transfrontaliers ou réduire le recours à des intermédiaires dans des corridors précis.
Toutefois, ces cas d’utilisation sont très dépendants du contexte et ne se traduisent pas directement par l’adoption généralisée des paiements. Même dans ces scénarios, les fonds doivent en fin de compte être reconvertis en monnaie locale pour être utiles aux transactions quotidiennes — ce qui met de nouveau l’accent sur les mêmes dépendances de sortie, les mêmes exigences de liquidité et les mêmes structures de coûts.
Par conséquent, les cryptomonnaies stables sont plus efficaces dans les environnements contrôlés ou spécialisés, plutôt que comme un réseau de paiement à usage général. Ces caractéristiques s’apparentent davantage aux fonctions de trésorerie et de règlement qu’aux paiements de détail, ce qui suggère que l’évolution la plus évolutive se produira dans les systèmes financiers réglementés, notamment avec les dépôts jetonisés.
La prochaine ère de l’arbitrage : leçons des transactions à haute fréquence
Plus les cryptomonnaies stables se multiplient, plus les marchés exploitent leurs différences! Même si les cryptomonnaies stables sont « indexées 1:1 », des écarts et des différences apparaissent entre les multiples cryptomonnaies stables émises par des banques et des entreprises sur le marché.
Il faut s’attendre à ce que des opérateurs de marché sophistiqués et d’autres acteurs tirent parti par arbitrage :
- De la stabilité et des écarts de la parité
- De la rapidité et de la fiabilité du rachat
- De la qualité de crédit ou de la solvabilité de l’émetteur
- De la congestion de la chaîne de blocs et de la latence des règlements
- Des déséquilibres de la demande sur les réseaux fermés
Cette dynamique ne date pas d’hier. Elle reflète les stratégies d’exploitation des transactions à haute fréquence du début des années 2000, où de microécarts de moment d’exécution, de prix et d’infrastructure sont devenus des occasions de profit. Les cryptomonnaies stables créeront des frictions similaires et les opérateurs de marché les trouveront.
L’émergence de multiples cryptomonnaies stables adossées à la même monnaie fiduciaire fragmente également la liquidité entre les émetteurs, les réseaux et les mécanismes de rachat. En pratique, cela crée des marchés parallèles pour ce qui est théoriquement la même unité de valeur. Les différences en matière de confiance, de rapidité de rachat et de profondeur de marché favorisent inévitablement les activités d’arbitrage et de spéculation au détriment de l’efficacité des paiements.
Répercussions pour les banques, les sociétés et les banques centrales
Si les cryptomonnaies stables émises par des sociétés privées introduisent de la fragmentation, une exposition au risque de crédit et des dynamiques d’arbitrage, cela soulève une question plus fondamentale : la couche de règlement devrait-elle rester ancrée dans la monnaie souveraine?
Une voie plus intéressante et plus pragmatique se dessine également sur le plan souverain et sur celui des infrastructures qui ne reposent pas sur des cryptomonnaies stables émises par des sociétés privées.
Une solution envisageable consiste à recourir à des unités monétaires numériques émises par les banques centrales, conçues pour la compensation et le règlement transfrontaliers entre autorités monétaires de confiance. Dans un contexte nord-américain, cela pourrait se traduire par un jeton de règlement en dollars canadiens émis par la Banque du Canada et un jeton de règlement en dollars américains émis par la Réserve fédérale, utilisés exclusivement pour la compensation et le règlement entre banques centrales et entre systèmes.
Une couche de règlement ancrée dans la monnaie de banque centrale permet également d’éviter la fragmentation de la liquidité susceptible de se produire lorsque plusieurs cryptomonnaies stables émises par le secteur privé entrent en concurrence pour représenter une même devise.
Plutôt que de tenter de créer un seul réseau de paiement mondial, ces pièces de monnaie pourraient servir de ponts entre les réseaux nationaux de paiement en temps réel.
En pratique, cela pourrait consister à relier le système de paiement en temps réel du Canada (RTR) à l’infrastructure FedNow. Le règlement entre les systèmes s’effectuerait au niveau des banques centrales, en monnaie de banque centrale, tandis que les systèmes nationaux de paiement en temps réel continueraient de servir les utilisateurs finaux comme ils le font aujourd’hui.
Cette approche éliminerait le besoin de comptes Nostro/Vostro au niveau des banques commerciales et faciliterait le règlement en temps réel, qui constitue l’une des caractéristiques fondamentales des réseaux en temps réel dont la mise en oeuvre dans un contexte transfrontalier.
Le transfert de messages de paiement en temps réel est relativement simple, mais le zèglement en temps réel demeure beaucoup plus complexe en raison des exigences de conversion de devises et de la nécessité de disposer de liquidités ou de garanties pour soutenir les transactions.
Ce modèle préserve la souveraineté monétaire, évite d’introduire un nouveau risque de crédit privé et tire parti des cadres de confiance existants. Il met également l’accent sur l’innovation là où il offre la plus grande valeur : la compensation de gros, la gestion des liquidités et la finalité des règlements transfrontaliers.
Dans ce concept, la jetonisation ne consiste pas à remplacer l’argent, mais à moderniser la façon dont les banques centrales et les systèmes de paiement interagissent au-delà des frontières. Pour les banques et les entreprises, les cryptomonnaies stables et les dépôts jetonisés sont mieux compris comme des améliorations aux infrastructures, et non comme des révolutions monétaires. Ils offrent des gains significatifs en matière d’efficacité des liquidités, de résilience opérationnelle et de rapidité de règlement, dans des environnements contrôlés.
Pour les banques centrales, la leçon est claire : l’innovation sur le plan de la vente en gros peut apporter de réels avantages sans déplacer l’argent, déstabiliser la confiance ou introduire un risque inutile pour les consommateurs.
Conclusion
Les cryptomonnaies stables ne sont ni une menace ni une panacée. Il s’agit d’un outil pécialisé ayant une valeur précise et adaptée au contexte. Utilisées correctement, elles peuvent résoudre des problèmes spécifiques et institutionnels. Utilisées de manière négligente, elles introduisent de nouvelles formes de risque, d’arbitrage et de fragmentation.
En pratique, bon nombre des avantages attribués aux cryptomonnaies stables peuvent ultimement être générés par des dépôts jetonisés exploités dans des institutions financières réglementées.
L’avenir des paiements ne se jouera pas uniquement sur les jetons. Il sera façonné par la confiance, la gouvernance, l’interopérabilité et l’économie fondamentale… comme il l’a toujours été.
__________________________Sources1,2 Stablecoins draw attention but are still a tiny market. | Payments Source | American Banker(en anglais)
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