Julie Godin
Julie Godin
Présidente exécutive du conseil d'administration
François Boulanger
François Boulanger
Président et chef de la direction 

 

Un archipel de complexité numérique

Les organisations modernes évoluent dans des environnements numériques qui ressemblent à un casse-tête de 10 000 pièces. Ce casse-tête est constamment réassemblé, alors que le nombre de pièces s’accroît et que l’image se transforme à mesure que les décisions d’affaires, l’évolution réglementaire et les changements technologiques s’accumulent au fil du temps.

Dans les pays industrialisés, l’économie repose sur une infrastructure logicielle invisible, mais omniprésente, avec des centaines de milliards de lignes de code existantes. Sur la base de l’utilisation et des investissements, nous estimons que les grandes entreprises privées utilisent 50 à 60 % de ces lignes de code, tandis que les gouvernements et les sociétés publiques en utilisent de 40 à 50 %.

Ce monde numérique, qui reflète les éléments de différenciation de chaque pays et de chaque entreprise, est devenu un archipel d’applications informatiques. La différenciation est désormais la norme et la complexité est devenue une réalité opérationnelle.

Au fil des décennies, cette complexité a été amplifiée par la prolifération des processus d’affaires, des technologies qui les soutiennent et la nécessité de la transformation numérique, ce qui a entraîné une explosion du nombre d’applications informatiques et, par conséquent, a généré des milliards de lignes de code.

Chaque ligne de code est une instruction précise dans un langage de programmation qui reflète son époque, son auteur, son entreprise et ses éléments différenciateurs culturels et géographiques. Un écosystème fragmenté a émergé, dans lequel chaque organisation, chaque secteur et chaque pays a développé sa propre logique, ses propres architectures et ses propres exceptions. Que ce soit dans les transports, la finance, la santé, les programmes sociaux, la défense ou les télécommunications, chacun de ces secteurs s’appuie sur des systèmes complexes qui reflètent leurs propres exigences, leur propre temporalité et leurs propres risques, décennie après décennie.

Pour illustrer cette complexité croissante, au fil des ans, tous les logiciels destinés à la gestion administrative gouvernementale ont développé des architectures et des technologies pour répondre à des exigences réglementaires ou différenciantes. Chaque réforme législative ou changement organisationnel nécessite des adaptations techniques qui rendent les systèmes plus fragmentés, interconnectés et compliqués à maintenir, ainsi que 200 millions de lignes de code au lieu de 100 millions auparavant.

Cette tendance s’est également accentuée dans tous les secteurs d’activité économique, en particulier dans le secteur bancaire, avec un renforcement de la réglementation sans précédent depuis la crise financière (Bâle III, RGPD, DSP 2, DORA, lutte anti-blanchiment, connaissance de la clientèle, sanctions internationales, etc.). Cette pression réglementaire a eu une incidence directe sur les systèmes d’information. En 2008, une grande banque comptait entre 150 et 200 millions de lignes de code pour ses systèmes centraux. En 2025, certaines banques en comptaient désormais plus de 350 millions.

Les professions en TI continueront à se développer en raison de cette complexité exponentielle et de l’incontournable transformation numérique

Dans les pays de l’OCDE, les emplois en technologie de l’information (TI) représentent environ 5 % de la main-d’œuvre, soit environ 50 millions de travailleurs. Ces professions englobent divers rôles, notamment l’architecture de systèmes, la cybersécurité, le développement, la gestion des données, l’infrastructure et la gouvernance. Ils contribuent tous à la conception, à la sécurisation, à l’exploitation et à l’évolution des environnements numériques des organisations. La croissance de la complexité fonctionnelle et réglementaire, combinée à la nécessité pour toutes les organisations d’amorcer une transformation numérique, fera augmenter la demande pour les compétences informatiques.

Ce changement nécessite non seulement des ajustements aux systèmes, mais aussi une multiplication des métiers liés aux TI. Les organisations devront augmenter leurs effectifs de professionnels en TI afin de répondre aux enjeux de conformité, d’intégration technologique, de cybersécurité, de gestion des données et d’innovation continue.

Aujourd’hui, 52 % de ces ingénieurs et autres professionnels en TI travaillent dans divers secteurs de l’économie (administration publique, sociétés d’État, soins de santé, fabrication, finance et assurance, éducation, etc.), tandis que 48 % travaillent dans des entreprises technologiques (firmes de conseil en TI, PME spécialisées, etc.). Quel que soit leur lieu de travail, leur métier reste le même.

Cette répartition montre que, lorsqu’il est lié au secteur des services, l’écosystème informatique soutient activement tous les secteurs économiques.

Quel que soit le domaine dans lequel ils œuvrent, les ingénieurs et autres professionnels en TI occupent un rôle stratégique. Ils accompagnent les organisations dans leur transformation numérique en leur offrant une expertise de pointe et des solutions sur mesure. Leur rôle est complexe et exigeant, et ils sont souvent les catalyseurs de profonds changements organisationnels, tant sur le plan technologique qu’humain. Leur expertise repose sur une compréhension approfondie des règles d’affaires, des normes administratives et de la législation, qui sont soigneusement traduites en langages de programmation.

Chaque ligne de code représente une instruction précise liée à une règle d’affaires, une contrainte réglementaire ou une logique interne. L’ordre de ces lignes est essentiel : une erreur dans la séquence compromettra la stabilité, la sécurité ou les performances du système.

Pour réussir, les ingénieurs et professionnels en TI doivent allier une connaissance sectorielle approfondie, une rigueur technique, une vision stratégique, une gouvernance solide et une agilité organisationnelle. La complexité n’est pas un obstacle, mais une réalité que l’on doit aborder avec méthode, expertise et anticipation.

Grâce à la force considérable et croissante des technologies modernes dont ils disposent, ces experts veillent à ce que les organisations ne soient plus limitées quant à ce qu’elles peuvent bâtir. Au contraire, ces éléments et cette expertise sont devenus essentiels pour garantir la qualité, la cybersécurité, la performance et la durabilité de notre écosystème informatique, afin que ce qui est construit au sein des organisations puisse être exploité de manière sûre et durable pour générer des résultats d’affaires.

Le domaine des TI repose donc sur la complémentarité entre les organisations publiques et privées qui doivent adopter des solutions numériques pour améliorer leurs opérations et leur efficacité, et les entreprises de services technologiques qui s’associent à elles pour les concevoir, les développer et les maintenir.

Ce réseau intersectoriel forme un écosystème riche, où les firmes de conseil en TI, les PME spécialisées et les organismes publics travaillent en étroite collaboration pour relever les défis numériques croissants. Compte tenu de l’érosion des talents que nous observons au sein même de l’écosystème de TI, il est désormais essentiel d’investir dans l’accroissement des cohortes de professionnels en numérique pour relever ces défis.

L’intelligence artificielle comme outil de productivité

Dans ce contexte, l’intelligence artificielle (IA) est un moteur important de la productivité. Elle accélère notamment l’analyse des données, détecte les tâches répétitives, génère du contenu, aide à la prédiction de comportements et d’événements, soutient la simulation de scénarios, facilite la rédaction de code, et ainsi, libère du temps pour la réflexion stratégique ainsi que la prise de décisions plus éclairées.

L’IA se distingue par son acquisition rapide de connaissances. Elle permet aux professionnels en TI de comprendre plus rapidement et plus facilement les secteurs d’affaires. Grâce à ses capacités d’analyse, de traitement du langage et de contextualisation, l’IA facilite le développement des compétences, la collaboration interdisciplinaire et l’adaptation à des environnements complexes.

À l’instar de l’arrivée des ordinateurs personnels et d’Internet, l’IA est une innovation majeure. Elle redéfinit les usages, les modèles économiques et les compétences tout en générant des gains de productivité considérables pour les individus, les entreprises et la société dans son ensemble. Son influence est profonde et durable, marquant une nouvelle phase de changement technologique mondial.

Le constat est clair : maîtriser la complexité pour générer des résultats d’affaires est le prochain avantage stratégique

En résumé, la complexité fonctionnelle et réglementaire s’est intensifiée au fil du temps, alimentée par l’intensification législative, la sophistication croissante des processus d’affaires au cours des dernières décennies, l’évolution rapide des technologies qui les sous-tendent et le besoin urgent de transformation numérique.

On peut prédire sans se tromper que ces tendances observées ces dernières années vont continuer à s’accélérer, ce qui complexifiera davantage la mosaïque des écosystèmes informatiques de toutes les organisations, en particulier lorsque de nouvelles applications doivent être intégrées et interconnectées pour faciliter leur transformation numérique.

Compte tenu de cette dynamique, les organisations n’ont d’autre choix que d’élargir leurs équipes de professionnels en numérique pour relever ces défis majeurs. L’importance croissante des professions en TI constitue un levier stratégique essentiel.

Dans ce contexte, l’IA n’élimine pas la complexité, mais accélère plutôt la nécessité de la gérer adéquatement avec une perspective axée sur les résultats d’affaires.

Les gains de productivité réalisés grâce à l’intelligence artificielle permettent aux intervenants des services en TI de se concentrer sur des priorités à forte valeur ajoutée. Sur une période de 5 à 10 ans, cette optimisation des efforts générerait progressivement des gains de productivité estimés entre 15 % et 20 % pour l’ensemble des TI, et non simplement pour un projet isolé. Plutôt que d’être absorbés sous forme d’économies nettes, ces gains seront réinvestis pour améliorer l’ensemble des activités des organisations, y compris les services en TI. Dans le secteur public, cela se traduira par des services plus accessibles, personnalisés et efficaces pour les citoyens. Dans les grandes entreprises, ces avantages permettront de poursuivre l’innovation, d’améliorer l’expérience client et de renforcer la compétitivité.

Ces gains proviennent d’une collaboration intelligente entre l’expertise humaine et la puissance algorithmique. Bien loin de les rendre obsolètes, elle renforce l’importance du travail des ingénieurs et professionnels TI hautement qualifiés, en particulier lorsqu’ils concentrent leurs efforts sur des initiatives à forte valeur ajoutée.

En fin de compte, le défi auquel sont confrontées les organisations n’est pas de savoir si le casse-tête numérique peut être simplifié, mais s’il peut être maîtrisé de manière durable. Alors que le nombre de pièces continue d’augmenter et que l’image continue d’évoluer, la technologie, y compris l’IA, fournit des outils puissants pour accélérer la prise de décision et stimuler la productivité et la croissance. Mais ce sont les ingénieurs et les professionnels en TI qui assemblent les pièces, comprennent leurs interdépendances et veillent à ce que le casse-tête soit complet.

Nous constatons cette réalité chaque jour, avec notre équipe mondiale de près de 100 000 associés de CGI qui travaillent à bâtir l’avenir, à proximité de leurs clients. Les grandes entreprises s’appuient de plus en plus sur des partenaires capables de traduire et de maîtriser la complexité numérique pour en tirer un avantage organisationnel, en travaillant aux côtés de leurs équipes avec empathie, confiance et responsabilité. Dans tous les secteurs, la résilience, le jugement humain et la technologie centrée sur la personne s’imposent comme de véritables facteurs de différenciation. Dans ce contexte, l’IA et les autres technologies émergentes ne doivent pas rester des promesses abstraites, mais devenir de véritables leviers commerciaux qui aident les organisations à progresser et à obtenir des résultats qui comptent.