Pendant la majeure partie des trois dernières décennies, la modernisation du secteur de la défense a été portée par des vagues successives d’innovations technologiques. L’infonuagique, la cyberrésilience, les plateformes de données et, plus récemment, l’intelligence artificielle (IA) ont profondément transformé le mode de fonctionnement des organisations de défense. Ces technologies demeurent essentielles et continueront de façonner l’avenir.
La technologie ne cesse d’évoluer. Mais il en va de même pour le débat sur la manière dont nous l’utilisons.
Chaque année, l’étude La voix de nos clients CGI nous permet de rencontrer des dirigeants des secteurs de la défense et du renseignement issus des milieux gouvernementaux, militaires et industriels. Ces discussions sont précieuses, car elles émergent de défis opérationnels, de priorités stratégiques et de réalités auxquelles les organisations sont confrontées au quotidien, et non de la technologie en soi.
Cette année, ces conversations approfondies révèlent un élément qui, à mon avis, est important : la transformation du secteur de la défense entre dans une nouvelle phase.
Pendant de nombreuses années, la modernisation s’est concentrée sur le développement des capacités numériques. Cependant, de plus en plus, les organisations se posent une question différente. Le débat passe de « Comment adopter les nouvelles technologies? » à « Comment transformer la technologie en avantage opérationnel? »
Cette distinction peut sembler subtile. Je crois qu’elle change presque tout.
L’avantage décisionnel devient la nouvelle mesure du succès
L’état de préparation à la mission demeure la priorité absolue dans toutes nos discussions. Parallèlement, les dirigeants décrivent de plus en plus le succès en termes d’exécution plutôt qu’en termes de modernisation en soi. Le défi ne consiste plus à comprendre où ils doivent aller, mais à mettre en œuvre leurs actions avec davantage de confiance, à un rythme plus soutenu et dans des conditions de plus en plus difficiles.
Cela conduit naturellement au concept d’avantage décisionnel.
Les professionnels de l’armée ont depuis longtemps compris l’importance du cycle OODA (Observer, Orienter, Décider et Agir). Aujourd’hui, les progrès en matière d’IA, de détection et de fusion des données raccourcissent chaque étape de ce cycle. L’information peut être recueillie, analysée et diffusée plus rapidement que jamais.
L’avantage opérationnel découle de la capacité à prendre de meilleures décisions plus rapidement.
L’intelligence artificielle continuera de devenir plus performante, mais sa valeur sera de plus en plus évaluée par l’efficacité avec laquelle elle complète les données fiables et le jugement humain. Les organisations qui se forgeront un avantage durable seront celles qui seront capables d’intégrer ces trois éléments dans leur prise de décision opérationnelle.
La souveraineté devient opérationnelle
La souveraineté est un autre thème récurrent dans les discussions de cette année.
Il y a quelques années à peine, la souveraineté était principalement associée à la localisation des données ou à la propriété des infrastructures. De plus en plus, les dirigeants de la défense la décrivent en termes opérationnels. Des chaînes d’approvisionnement fiables, des architectures numériques résilientes, l’intégrité des logiciels et des écosystèmes de données sécurisés deviennent essentiels à l’efficacité opérationnelle.
À mesure que les organisations deviennent plus interconnectées, la confiance à l’égard des écosystèmes numériques devient indissociable de la capacité à assurer la mission. La souveraineté, la résilience et l’interopérabilité ne font plus l’objet de discussions distinctes. Elles représentent de plus en plus les différentes dimensions d’un même défi opérationnel.
La mise en œuvre constitue le défi à relever
Le constat le plus encourageant qui se dégage des discussions La voix de nos clients de cette année est peut-être que les organisations ont généralement une vision claire de la direction qu’elles doivent prendre. L’ambition stratégique est bien présente.
Les obstacles résident dans l’état de préparation organisationnelle et structurelle.
Les architectures existantes continuent de freiner l’agilité. Les modèles d’approvisionnement peinent souvent à suivre le rythme des avancées technologiques. La concurrence pour les compétences spécialisées demeure intense, pendant que le déploiement sécurisé de l’IA dans des environnements essentiels à la mission s’avère considérablement plus exigeant que la mise en œuvre réussie de projets pilotes.
Au cours de bon nombre de nos conversations, un thème revient sans cesse : l’innovation est rarement la partie la plus difficile. Ce qui l’est, c’est de l’intégrer, de l’encadrer et de la déployer au sein d’environnements opérationnels.
C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis de plus en plus convaincu que les organisations de défense vont au-delà de la transformation numérique pour s’orienter vers la refonte numérique.
Le défi ne consiste plus à introduire de nouvelles technologies dans les organisations existantes, mais à repenser ces organisations afin qu’elles puissent les utiliser efficacement.
La transformation à venir est donc autant organisationnelle que technologique.
Transformer les perspectives en action
Les discussions menées cette année tracent la voie à suivre. Les organisations qui se préparent à cette prochaine étape devront conjuguer la poursuite des investissements technologiques avec une transformation organisationnelle, en renforçant leurs infrastructures de données fiables, en modernisant leurs modèles opérationnels et en recourant à l’IA là où elle permet d’obtenir des résultats opérationnels mesurables au service de leur mission.
Perspectives d’avenir : de la technologie de défense à l’avantage opérationnel et décisionnel
Au cours des cinq à dix prochaines années, les capacités militaires dépendront de plus en plus de l’interaction entre les forces armées, l’industrie, la préparation civile et les infrastructures essentielles. Les opérations multidomaines, la collaboration homme-machine, les capacités définies par logiciel et les fonctions de commandement et de contrôle appuyées par l’IA convergent toutes vers un même avenir : celui où l’avantage opérationnel découle d’écosystèmes interconnectés plutôt que de plateformes individuelles.
Les organisations qui se démarqueront ne seront pas nécessairement celles qui adopteront les nouvelles technologies en premier. Ce seront celles qui seront capables de transformer continuellement la technologie en résultats opérationnels fiables grâce à des organisations résilientes, à des écosystèmes numériques souverains et à une exécution rigoureuse.
La technologie continuera d’évoluer. L’avantage décisionnel viendra de la capacité à savoir l’utiliser judicieusement.
Si vous souhaitez discuter de ces perspectives et explorer comment les organisations de défense se forgent un avantage décisionnel, poursuivons la conversation. Vous pouvez également visionner la vidéo prospective de CGI consacrée à la défense et au renseignement pour plus d’informations.