Les canicules, les feux de forêt, les inondations et les perturbations énergétiques mettent à l’essai les organisations de même que les écosystèmes dont elles dépendent. Démontrer une résilience climatique nécessite que les leaders comprennent ces interdépendances et se préparent à composer avec plusieurs pressions simultanément.
La résilience climatique est devenue une priorité des conseils d’administration
De plus en plus, les manchettes rapportent des températures records en période estivale. Des canicules prolongées en Europe et en Amérique du Nord ont mis à rude épreuve les réseaux électriques, perturbé les réseaux de transport et de distribution et affecté les activités de fabrication. Les feux de forêt ont endommagé les maisons, les entreprises et les infrastructures essentielles.
Ensemble, ces événements ont mis en lumière l’interdépendance croissante des systèmes essentiels qui assurent le fonctionnement des économies et des communautés.
Pour les hauts dirigeants, la résilience climatique est devenue une priorité du conseil d’administration. Elle oriente la performance opérationnelle, les décisions d’investissement, la confiance des clients de même que la compétitivité à long terme.
La résilience climatique doit donc être gérée comme une capacité d’entreprise, qui informe la stratégie, la tolérance aux risques, l’allocation du capital ainsi que les relations au sein de l’écosystème. Les conseils d’administration n’ont pas à gérer les urgences, mais ils doivent disposer d’une visibilité suffisante pour comprendre les dépendances essentielles, établir des droits décisionnels éclairés et protéger les résultats essentiels lorsque plusieurs systèmes font face à des pressions simultanées.
D’actifs résilients à écosystèmes résilients
Les répercussions causées par des températures extrêmes peuvent souvent s’étendre bien au-delà de l’événement déclencheur. Une canicule prolongée peut concorder avec une sécheresse, de la fumée de feux de forêt, une demande élevée en électricité, une détérioration des équipements et des restrictions de transport.
Une contrainte sur le réseau électrique peut forcer des réductions des charges industrielles. Les retards de production peuvent ensuite compromettre les engagements envers les clients. Le transport peut être détourné, parallèlement, la disponibilité limitée de la main-d’œuvre ralentit le rétablissement. Un faible niveau d’eau peut même entraîner la mise hors services de production nucléaire d’électricité.
Depuis des décennies, les stratégies de résilience se concentraient largement sur la protection des actifs détenus et contrôlés par les entreprises. Les services publics ont modernisé les réseaux électriques, les fabricants ont renforcé la continuité de leurs activités de production et les opérateurs de transport ont consolidé les infrastructures essentielles.
Ces investissements demeurent essentiels, mais la résilience opérationnelle dépend de plus en plus de ce qui se passe entre ces organisations. Une entreprise de services publics peut maintenir sa capacité de production d’électricité, alors que ses actifs de transmission sont touchés par des feux de forêt. Un fabricant peut maintenir sa production, mais éprouver des perturbations lors du transport ou même des pénuries chez ses fournisseurs. Un centre de traitement de données peut être muni de systèmes de redondance exhaustifs, mais devoir composer avec une forte demande en électricité et en refroidissement pendant une période prolongée de chaleur extrême.
Les organisations doivent donc aller au-delà d’une résilience individuelle des actifs et considérer leur capacité à générer des résultats essentiels dans l’ensemble de l’écosystème élargi.
Pour les conseils d’administration, la question est : « Est-ce que notre organisation et ses partenaires continuent d’assurer l’essentiel lorsque plusieurs pressions surgissent simultanément? »
La résilience climatique selon le conseil d’administration
Une surveillance efficace débute par l’identification des résultats qui doivent être protégés et la compréhension des dépendances requises pour les générer. Les conseils d’administration devraient s’attendre à ce que la direction entreprenne plusieurs transitions d’envergure.
- De dommages à résultats essentiels : définir les services, les produits et les engagements des parties prenantes qui doivent être maintenus et établir des tolérances explicites aux perturbations.
- Du risque pour l’entreprise au risque pour l’écosystème : cartographier les dépendances des fournisseurs d’énergie, d’eau, de télécommunications et de transport, de même que des agences publiques, de la main-d’œuvre et des communautés.
- De la planification basée sur l’historique à la mise sur pied de scénarios orientés vers l’avenir : utiliser les projections climatiques et les scénarios de demandes pour mettre à l’essai les répercussions de pressions simultanées sur l’ensemble de l’écosystème.
- Des plans d’urgence à une prise de décision éprouvée : établir clairement des droits décisionnels, des seuils d’escalade, des protocoles de communication et des mesures de secours manuelles, ensuite, les répéter avec les partenaires externes essentiels.
- De projets isolés à un portefeuille de résilience : privilégier la diversité des investissements en actifs, en données, en main-d’œuvre, en fournisseurs et en modèles opérationnels selon leur valeur stratégique et leur capacité à éviter les perturbations.
Utiliser les données et les technologies pour prévoir les perturbations
Les organisations ont besoin d’une visibilité de leurs dépendances essentielles avant de pouvoir les gérer efficacement. Combiner les renseignements météorologiques et climatiques aux renseignements géospatiaux, aux technologies opérationnelles, à la santé des actifs, aux marchés de l’énergie, aux applications d’entreprise, aux données de la main-d’œuvre, aux signaux de la chaîne d’approvisionnement et aux renseignements d’urgence peut contribuer à l’élaboration d’un portrait opérationnel de confiance.
Depuis cette fondation, les capacités numériques pourront aider les organisations à prévoir les perturbations, à comprendre les mécanismes de propagation des pannes au sein des systèmes interconnectés et à planifier la résilience dans l’ensemble de l’écosystème élargi.
- L’intelligence artificielle (IA) et l’analyse avancée peuvent détecter les anomalies, prévoir la demande ainsi que les contraintes de capacité, identifier les schémas de risques émergents et évaluer dans quelle mesure les perturbations pourraient se propager à travers un réseau.
- Les jumeaux numériques et les modèles de scénarios peuvent mettre à l’essai les décisions opérationnelles, les investissements en capital de même que les stratégies de reprise des activités avant qu’une perturbation ne survienne.
- L’Internet des objets, l’informatique en périphérie et les opérations à distance peuvent améliorer la visibilité des actifs et contribuer au maintien des capacités essentielles lorsque l’accès aux sites ou les communications sont difficiles.
- Les tours de contrôle et les plateformes d’écosystème peuvent aider à coordonner les fournisseurs, les transporteurs, les services publics, les agences publiques ainsi que les équipes sur le terrain autour de priorités et de renseignements communs.
Ces capacités sont le plus efficaces quand elles sont soutenues par des données de confiance, une architecture de cybersécurité, des droits décisionnels clairs, un jugement humain et des procédures opérationnelles éprouvées. Les organisations ont également besoin de mesures de secours en cas de dégradation des réseaux électriques et de communications.
Ensemble, ces éléments peuvent faire de la résilience un sujet de décision éclairée et plus précoce qui permet d’améliorer la continuité opérationnelle et d’aider les leaders à cibler des occasions d’investissement pertinentes.
La valeur opérationnelle de la résilience climatique
Les capacités qui renforcent l’état de préparation peuvent générer de la valeur bien avant que le prochain événement extrême ne survienne. Une meilleure visibilité et une coordination accrue peuvent augmenter le taux d’utilisation des actifs, réduire les temps d’arrêt, renforcer la maintenance prédictive, améliorer l’efficacité énergétique et accélérer les décisions liées à la chaîne d’approvisionnement.
Elles peuvent également fournir des arguments plus solides pour l’affectation du capital, gagner la confiance des clients et des communautés et aider les organisations à s’adapter à l’évolution des conditions opérationnelles.
L’adaptation climatique et la décarbonation peuvent mutuellement se renforcer. La modernisation des réseaux énergétiques, des infrastructures et des activités peut réduire l’exposition aux risques climatiques physiques, en plus de soutenir la transition vers un futur plus faible en émission carbone.
Faire preuve de résilience pour un avenir interconnecté
Les chaleurs extrêmes ne sont qu’une des pressions systémiques multiples qui refaçonnent les infrastructures essentielles et les écosystèmes sectoriels. L’augmentation de la demande pour l’électricité propulsée par l’IA et l’électrification, l’incertitude géopolitique et les chaînes d’approvisionnement de plus en plus complexes ajoute davantage de dépendances que les organisations ont besoin de maîtriser et de gérer.
Afin de faire preuve de résilience, les organisations doivent allier stratégie d’entreprise, données de confiance, technologies et expertise sectorielle approfondie dans tous les aspects organisationnels. Celles qui comprennent les interactions de leurs écosystèmes d’infrastructure, prévoient les zones de propagation des perturbations et se préparent à réagir sur l’ensemble de ces dépendances seront mieux équipées pour maintenir les activités essentielles, s’adapter au changement et soutenir une croissance à long terme.