Anthony Romand

Anthony Romand

Directeur en charge des activités conseil pour les secteurs Energie et  Environnement - CGI Business Consulting

Creative team

Dans les grands groupes industriels, le pilotage « tout agile » est souvent un trompe l’œil. Entre modernisation des systèmes IT, accélération du time-to-market et impératifs de continuité de service, la réalité impose des arbitrages. Tirant les leçons d’une mission menée chez un leader de l’énergie, découvrez les bénéfices d’un pilotage hybride pour stabiliser l’existant et installer sereinement une dynamique de transformation agile alignée avec les réalités opérationnelles.

Modernisation IT et continuité de service : un équilibre stratégique

Accompagner les grands groupes industriels dans leur transformation (structurelle, digitale ou humaine) impose d’opérer des choix stratégiques forts, dont des modèles de pilotage qui ne sont pas forcément « à la mode ». Prétendre imposer un modèle unique relève souvent de l’illusion.
Les organisations se heurtent à une double problématique : comment transformer nos pratiques de pilotage de projets pour accélérer le time-to-market ? Comment soutenir la modernisation rapide des SI tout en garantissant la continuité de service ?

En pratique, ces objectifs peuvent parfois être contradictoires : une transformation trop rapide risque de fragiliser l’existant et donc ralentir la transformation.

Dans de nombreuses transformations, l’agilité est encore trop souvent réduite à un affichage ou à quelques rituels d’équipe comme les daily meetings, le backlog ou les cérémonies, sans être réellement déclinée et intégrée dans les modes de gouvernance, de décision et de pilotage. Cette confusion peut conduire à une application en surface de l’agilité : les rituels sont adoptés, mais les modes de décision restent inchangés. Elle peut aussi provoquer une inflation de la comitologie, une surcharge de reporting et une dilution des responsabilités, lorsque les instances traditionnelles se superposent aux cérémonies agiles sans clarification des rôles ni adaptation des circuits d’arbitrage. Dans ces conditions, l’agilité ne simplifie pas le pilotage ; elle ajoute une couche supplémentaire de complexité.

C’est précisément là qu’intervient le pilotage hybride, soit une capacité à articuler différents rythmes, méthodes et niveaux de maturité.

Secteur de l’énergie : un cas concret de transformation industrielle

Management neuer Energien

Lors d’une mission menée pour un leader du secteur de l’énergie, nous avons constaté une forte hétérogénéité des pratiques de pilotage.

Parmi les équipes travaillant sur les outils liés à la conception 3D, génie civil et la maintenance d’installations critiques, certaines équipes maîtrisaient déjà des cadres agiles avancés. D’autres intervenaient sur des périmètres qui ne pouvaient pas encore appliquer ces modèles, en raison des exigences élevées de sûreté, de traçabilité et de conformité réglementaire, de maturité de l’organisation ou d’adhérence avec les modes de fonctionnement des parties prenantes.

Dans ce contexte, imposer un pilotage 100 % agile aurait généré davantage de risques que de valeur :

  • Désalignement entre gouvernance et réalité opérationnelle
  • Manque de lisibilité sur les priorités
  • Confusion des responsabilités
  • Risque accru sur la continuité de service

Pilotage hybride et gouvernance adaptée : une réponse aux environnements industriels complexes

Face à cette complexité, nous avons adopté un modèle de pilotage hybride adapté aux différents niveaux de maturité et de criticité. Dans les grands groupes, l’agilité des équipes doit coexister avec des contraintes de gouvernance, de budget et de conformité qui s’inscrivent dans des temporalités plus longues.

L’enjeu est donc moins d’uniformiser les pratiques que d’assurer leur cohérence.

L’approche s’est structurée par périmètre afin d’articuler les différents niveaux de gouvernance et de maturité des équipes :

  • Mise en place de centres de services transverses pour stabiliser les activités mutualisées et sécuriser la continuité de service
  • Pilotage de portefeuilles applicatifs complexes conciliant roadmaps pluriannuelles et priorisation agile des besoins
  • Synchronisation des cycles courts des équipes de delivery avec les cycles plus longs de gouvernance budgétaire et réglementaire
  • Alignement continu des priorités entre IT, métiers et directions de programme
  • Définition d’indicateurs de performance partagés permettant un pilotage commun de la valeur, des risques et de la capacité de delivery

La transformation s’est appuyée sur plusieurs leviers :

  • Objectivation de la situation réelle
  • Stabilisation et industrialisation des processus existants
  • Clarification des rôles et responsabilités entre les équipes et intervenants
  • Définition d’une cible pour une transformation ambitieuse et échelonnée
  • Évolution des modes de gouvernance
  • Introduction progressive de nouvelles pratiques (bonnes pratiques de gouvernance et méthodes agiles)

La plupart des équipes ont progressivement évolué vers des cadres agiles à l’échelle. D’autres conservent des modèles hybrides mieux maîtrisés et adaptés à leurs contraintes. La priorité n’était pas d’uniformiser les méthodes, mais d’assurer une gouvernance cohérente et performante.

Efficacité opérationnelle et performance IT : des résultats mesurables

La mission est toujours en cours, mais les premiers résultats confirment la pertinence de l’approche :

  • Meilleure lisibilité des priorités stratégiques
  • Allocation optimisée des ressources
  • Réduction des frictions entre IT et métiers
  • Engagement renforcé des équipes
  • Gain d’efficacité opérationnelle estimé entre 10 et 20 %

Ces résultats démontrent qu’une transformation agile réussie repose sur un pilotage adapté aux réalités du terrain, et non sur l’application d’un modèle unique.

Transformation agile durable : combiner agilité et stabilité

Dans le secteur des infrastructures énergétiques, comme dans la plupart des grandes organisations industrielles, les programmes de transformation digitale s’inscrivent sur plusieurs années. Ils doivent cependant produire de la valeur rapidement tout en sécurisant l’existant.

Le pilotage hybride permet précisément de répondre à cette tension : accélérer là où l’agilité apporte de la valeur, synchroniser des rythmes de décision parfois très différents et garantir une gouvernance claire pour l’ensemble des parties prenantes.

Sa réussite ne repose toutefois pas uniquement sur le choix d’un modèle de gouvernance. Elle suppose de mobiliser des équipes capables de conjuguer maîtrise opérationnelle des pratiques agiles et conseil en transformation, afin d’adapter les modes de pilotage, les rôles, les processus et les instances de décision aux réalités du terrain.

Dans les environnements complexes, “faire de l’agile” ne suffit pas. La différence se joue dans la capacité à concevoir une gouvernance qui articule adaptation continue, maîtrise des risques et performance opérationnelle.

A PROPOS DE L'EXPERT

Anthony Romand

Anthony Romand

Directeur en charge des activités conseil pour les secteurs Energie et  Environnement - CGI Business Consulting

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