J’ai récemment visité l’ancien complexe industriel de Philips à Eindhoven aux Pays-Bas. J’y avais été invité en tant qu’étudiant, avec un groupe de jeunes ingénieurs, pour assister à une démonstration du lecteur de disque compact (CD). Philips venait tout juste de lancer l’appareil et souhaitait présenter l’innovation. La version initiale du CD, nous a-t-on dit, ne pouvait pas même stocker la quantité de données correspondant à un album de musique de 60 minutes. L’ajout de stockage aurait engendré des erreurs de lecture et une perte de qualité sonore. Mais les ingénieurs n’ont pas simplement légèrement augmenté la capacité de stockage, ils l’ont doublée, ce qui a pu avoir semblé à l’époque comme une initiative contraire à la logique. Cette mesure s’est cependant traduite par la création d’un mécanisme avancé de correction d’erreurs qui n’altérerait pas la qualité sonore. Le CD-ROM serait plus tard en mesure de stocker jusqu’à 700 Mb de données – une innovation révolutionnaire, souvent définie comme le déclencheur de la révolution numérique.

Les données alimentent l’avenir.

La transition énergétique actuellement en cours entraîne une réévaluation audacieuse similaire quant à la façon dont les entreprises énergétiques considèrent les solutions, particulièrement celles liées à la gestion des données. Plusieurs raisons expliquent cette démarche. Les volumes de données ont considérablement augmenté en seulement quelques années. Il est prévu que 273 millions de compteurs intelligents seront déployés d’ici à 2023 (en anglais); cette initiative devrait à elle seule accroître jusqu’à 10 000 fois le volume de données. Parallèlement, les échéances pour assurer la disponibilité de ces données sont de plus en plus serrées. Des solutions avancées pour les marchés centraux, telles que celle développée par CGI pour Fingrid Datahub Oy, permettent de simplifier, d’accélérer et d’améliorer l’efficacité de l’échange de données. Il reste toutefois du chemin à parcourir avant d’en arriver à satisfaire aux exigences en temps quasi réel liées aux données pour les ressources énergétiques distribuées, à instaurer un équilibre et à offrir l’accès à ces ressources aux consommateurs. La fréquence de la production de données émises par les appareils et les capteurs intelligents change également la donne. Les données sont désormais générées quotidiennement plutôt qu’annuellement et la transition vers une production de rapports plus fréquente est déjà en cours.

De nos jours, une multitude d’appareils sont connectés au réseau et le partage de données est non seulement encouragé, il est nécessaire. Le Baromètre mondial CGI 2018 révèle que l’exploitation de la puissance de l’analyse de données est une grande priorité d’entreprise pour les dirigeants des services publics que nous avons interrogés (87 %). Un pourcentage similaire de dirigeants citent l’analyse de données et l’analyse prédictive comme principal domaine d’investissement en innovation au cours des trois prochaines années. En fait, dans l’ensemble de la chaîne de valeur, les sociétés de services publics considèrent les données comme les nouveaux « capitaux numériques » et un outil clé pour procéder à la transformation et se démarquer.

Stratégies pour exploiter la valeur des données

Pour relever les défis liés au contexte dans lequel évoluent les données et répondre au besoin urgent d’assurer un échange cohérent et transparent des données au sein du marché énergétique, une approche en écosystème et des méthodes novatrices (perturbatrices) sont requises. Voici donc trois stratégies à mettre en place.

  • Réévaluer votre rôle actuel au sein du marché – La nouvelle dynamique de marché entraîne des changements quant aux rôles traditionnels. Par conséquent, les besoins et l’utilisation des données qui y sont associés s’en voient modifiés. Par exemple, au Danemark, le passage à un modèle centré sur le fournisseur (vidéo en anglais) atténue l’importance du rôle de l’exploitant de réseau par rapport au consommateur. Les fournisseurs et les tierces parties sont désormais responsables de la communication avec le client, y compris les interactions liées à la facturation. Pour ce qui est de la gestion des données issues des compteurs, l’exploitant de réseau deviendra un sous-traitant « intermédiaire » plutôt qu’un fournisseur de services de données.
  • Revoir les systèmes actuels et passer à une autre échelle – La modification des rôles exige une réévaluation des systèmes de soutien informatique actuels, tels que les solutions pour les marchés centraux, pour faciliter l’échange de données. Pour réaliser leur transition vers le numérique et devenir des organisations davantage centrées sur le client, les sociétés de services publics doivent s’assurer qu’elles ne sont pas freinées par des systèmes lourds, désuets et complexes qui ne peuvent pas s’adapter au changement ou soutenir des façons agiles de travailler, de collaborer ou d’assurer la sécurité des données.
  • S’inspirer de ce qui se fait ailleurs – Examiner l’écosystème d’un point de vue externe s’avère une approche d’innovation essentielle pour accélérer le changement. Examinez le travail sur lequel se penchent les entreprises en démarrage, les technologies émergentes offertes et les approches adoptées dans les autres secteurs d’activité. En effet, les secteurs manufacturier et financier traitent d’impressionnants volumes de données en temps quasi réel depuis des années et sont des exemples dont les services publics peuvent tirer des leçons. La chaîne de blocs et les systèmes NoSQL sont de nouvelles technologies offrant un potentiel considérable, alors que le nuage procure l’extensibilité requise.

La transition énergétique est un catalyseur de changement, non seulement en ce qui a trait aux rôles des divers intervenants du marché, mais également quant à l’ampleur des exigences en matière de données. Si l’on revient à l’exemple de Philips, l’entreprise s’est départie de son produit « fondateur », l’ampoule, et est devenue un chef de file de la fabrication d’équipement médical. Le moment est peut-être venu pour les sociétés de services publics de mettre à profit la transition énergétique pour se réinventer et assurer leur avenir dans un univers énergétique résolument numérique.

À propos de l’auteur

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Mattijs van den Hoed

Vice-président, services-conseils, CGI aux Pays-Bas

Mattijs van den Hoed est responsable du développement des solutions pour les marchés centraux de CGI n et est gestionnaire de produits de la suite de solutions pour les marchés centraux. Il est membre de CGI depuis plus de 20 ans et au cours des ...

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