Hervé Ysnel

Hervé Ysnel

Vice-Président Senior en charge des activités conseil sécurité, risque & continuité d'activité - CGI Business Consulting

Consultants in discussion

Lors du Bank Tech Day organisé par Finance Innovation, j’ai animé la table ronde « Applications critiques dans la banque : sécuriser, transformer, décider ». Les échanges avec les acteurs du secteur ont mis en évidence une conviction forte : face à l’accélération de la transformation portée par l’IA, le cloud et l’ouverture des écosystèmes, les banques doivent repenser l’équilibre entre innovation, maîtrise des risques et résilience opérationnelle.

Dans cet article, je reviens sur les principaux enseignements de cette table ronde : analyse des défis liés aux applications critiques dans le secteur bancaire et des équilibres à trouver pour concilier transformation, gestion des risques et performance durable, dans un objectif de résilience opérationnelle.

Une transformation accélérée par l’IA

Portée par l’intelligence artificielle et le cloud, la transformation des systèmes bancaires est déjà bien engagée. Mais avec l’essor de l’intelligence artificielle, elle franchit un nouveau cap : l’IA agit comme un accélérateur de transformation. Les capacités les plus avancées étant largement proposées via des plateformes externes, les banques intensifient leur recours au cloud et à des fournisseurs spécialisés, afin de renforcer leur capacité d’adaptation face aux évolutions rapides de leur environnement.

Les architectures s’ouvrent, se distribuent et gagnent en modularité. Cette évolution crée de nouvelles opportunités, mais elle rend aussi la gestion des applications critiques plus complexe.

Elle redéfinit également le rôle des DSI. Moins centrées sur l’exploitation interne, elles deviennent des orchestrateurs d’écosystèmes, chargés d’assembler et de piloter des services multiples pour garantir la continuité et la robustesse des systèmes dans la durée

Des applications critiques au cœur des décisions

Toutes les applications ne présentent pas le même niveau d’enjeu. Dans la banque, leur criticité repose sur des analyses de risques précises : impact métier, sensibilité des données ou contraintes réglementaires.

Ces critères orientent directement les choix d’architecture et d’externalisation. Certaines applications restent fortement internalisées, quand d’autres peuvent s’ouvrir à des environnements cloud, à condition de répondre à des exigences strictes.

« On ne décide pas d’externaliser une application critique sans une analyse de risque structurée »

À cela s’ajoute un autre facteur clé : la confiance. Les clients comme les régulateurs attendent des garanties tangibles, matérialisées notamment par des certifications, ou “badges” de sécurité (ISO 27001, SecNumCloud, référentiels sectoriels comme FS Cloud) qui contribuent à sécuriser les opérations dans des environnements de plus en plus ouverts.

Un paysage technologique hybride et souverain

Face à cette complexité, il n’existe pas de modèle unique. Les banques composent avec une palette de solutions selon leurs enjeux de sécurité et les contraintes associées :

  • Environnements internes pour les actifs les plus sensibles
  • Clouds privés sécurisés
  • Clouds souverains répondant aux enjeux de localisation et de contrôle
  • Hyperscalers enrichis de dispositifs spécifiques

« Il n’y a pas de solution unique. On est face à une panoplie de modèles »

Dans ce contexte, la souveraineté devient un critère clé de décision encore peu défini. Elle répond à des exigences réglementaires, mais aussi à un besoin de maîtrise et de confiance, notamment pour les données sensibles et les applications critiques.

Conformité et sécurité : entre exigences et efficacité

Dans un secteur fortement régulé, la conformité et la sécurité avancent de manière étroitement liée. Audits, certifications et référentiels structurent les démarches et constituent un socle indispensable. La conformité implique un niveau élevé de contrôles, de preuves et de documentation. Ces exigences sont nécessaires pour répondre aux attentes réglementaires et aux exigences des clients.

Dans la pratique, elles mobilisent une part importante des efforts, dans un environnement où le niveau de contrôle est déjà très élevé. L’enjeu n’est donc pas toujours d’opposer conformité et sécurité, mais de s’assurer que ces démarches contribuent pleinement à la réduction effective des risques et à la capacité de l’organisation à absorber et surmonter les incidents.

Vers un contrôle plus global, intelligent et automatisé

Avec l’essor de l’IA, de nouveaux usages émergent et remettent au premier plan les enjeux de gouvernance. Les approches de contrôle, historiquement organisées en silos entre cybersécurité, data et conformité, montrent désormais leurs limites face à la complexité croissante des environnements.

Une évolution s’impose : nous devons aller vers des dispositifs de contrôle plus globaux, plus cohérents et multi-objectifs. Cela suppose de dépasser une logique de contrôles séparés pour mettre en place des systèmes capables de couvrir simultanément plusieurs enjeux : sécurité, conformité, gestion des données et encadrement des usages de l’IA.

L’IA joue ici un rôle clé. Elle permet d’analyser des volumes massifs de données et de détecter des anomalies. Elle contribue ainsi à rendre ces systèmes de contrôle plus réactifs et plus efficaces.

Concilier transformation et maîtrise des risques

Les banques doivent aujourd’hui accélérer leur transformation tout en maintenant un niveau de contrôle élevé. L’IA va continuer d’intensifier cette dynamique car elle ouvre des opportunités considérables, mais impose aussi de repenser les modèles de contrôle et de gouvernance. Il ne s’agit plus de choisir entre transformation et maîtrise des risques, mais d’organiser leur coexistence synchronisée dans des environnements toujours plus complexes.

Dans ce contexte, l’enjeu n’est plus seulement de sécuriser les applications critiques, mais de piloter cet équilibre dans la durée. C’est dans cet équilibre entre innovation et maîtrise des risques que les banques pourront construire une performance durable et renforcer la confiance de leurs clients en faisant de la résilience un avantage structurant.

A PROPOS DE L'EXPERT

Hervé Ysnel

Hervé Ysnel

Vice-Président Senior en charge des activités conseil sécurité, risque & continuité d'activité - CGI Business Consulting

Portrait d'expert CGI : Hervé Ysnel est Vice-Président Senior en charge des activités conseil sécurité, risque & continuité d'activité chez CGI Business Consulting