Mariem Ben Hadid

Mariem Ben Hadid

Directrice Conseil en charge des activités Conformité & Gestion des Risques, pour le secteur Services Financiers - CGI Business Consulting

La Retail Investment Strategy (RIS) est un texte structurant. Et pourtant, il faut le reconnaître : sa progression a parfois ressemblé à une navigation lente, par étapes, ponctuée de débats intenses et d’arbitrages difficiles.

Le 18 décembre 2025, le processus franchit enfin un jalon tangible : le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen annoncent être parvenus à un accord politique provisoire sur la RIS.
Sans constituer l’aboutissement formel du processus législatif, cet accord représente un moment clé : celui où la réforme sort d’une phase d’incertitude prolongée pour entrer dans une trajectoire beaucoup plus lisible.

Et c’est là le point essentiel : l’accord ne renverse pas la logique de la RIS. Il en clarifie la direction.

La RIS assume désormais une ambition plus large que la seule protection du retail

Jusqu’ici, la RIS pouvait être analysée principalement sous l’angle de la protection des investisseurs de détail, avec un accent mis sur la transparence, la qualité de la distribution et la prévention des conflits d’intérêts. Avec l’accord du 18 décembre, le narratif se renforce : la RIS est désormais rattachée à l’agenda de compétitivité et à l’ambition de la Savings & Investments Union (SIU) dont l’ambition est de :

  • Renforcer la confiance des investisseurs particuliers,
  • Améliorer la mobilisation de l’épargne vers les marchés de capitaux,
  • Soutenir la compétitivité et la profondeur des marchés financiers européens.

C’est plus qu’une formule. C’est un cadrage politique structurant : la confiance du client retail devient une condition de fonctionnement du marché, et non un sujet isolé.

"La simplification s’impose désormais comme une contrainte politique explicite"

Deuxième message : la simplification est explicitement mise en avant. Le Conseil relie l’accord à une volonté de simplifier le cadre applicable aux services financiers.

Ce point mérite attention, parce qu’il traduit une prise de conscience : dans l’investissement de détail, la complexité est un risque en soi.
Elle pèse sur la compréhension des clients, fragilise l’exécution par les réseaux et rend plus difficile la démonstration de conformité dans la durée.

La simplification ne signifie pas “moins de contrôle”. Elle signifie : un cadre plus lisible et plus actionnable, qui améliore la protection de manière effective, pas uniquement théorique.

Concrètement, cette orientation pose une question structurante pour les établissements : comment démontrer la valeur ajoutée d’un produit, documenter l’adéquation au besoin client et maîtriser les conflits d’intérêts, tout en réduisant la complexité documentaire et procédurale.
La tension ne disparaît pas : elle change de nature. Elle se déplace vers la capacité à produire des dispositifs plus intelligibles, mieux articulés et réellement exploitables.

Vigilance renforcée : le marketing digital devient un terrain de conformité à part entière

L’accord remet aussi un sujet au premier plan : les communications marketing, notamment via les réseaux sociaux et l’usage de tiers rémunérés (influenceurs, célébrités, etc.). Il rappelle l’exigence d’une information claire, loyale et non trompeuse à destination des investisseurs particuliers, indépendamment du canal de diffusion. Le Conseil de l’Union européenne mentionne explicitement ces canaux.

Le Parlement européen, lui, souligne également un renforcement de l’encadrement des pratiques d’influence et de la publicité liée aux produits d’investissement.

C’est un marqueur important, car il reflète un déplacement du risque : aujourd’hui, les décisions retail ne se construisent pas uniquement dans un rendez-vous client. Elles se façonnent dans un environnement où l’offre circule, se commente, se “recommande” — parfois dans des formats rapides, émotionnels, et monétisés.

Autrement dit : la conformité ne se joue plus seulement dans la vente. Elle se joue aussi dans la maîtrise du message.

Cela implique un élargissement du périmètre de contrôle : gouvernance des contenus, traçabilité des partenariats rémunérés, supervision des messages diffusés hors réseau traditionnel, documentation ex-post des communications.
Autrement dit, le risque réputationnel et réglementaire se rapproche du marketing stratégique.

Dans la communication associée à l’accord, le Conseil rappelle l’objectif d’offrir aux investisseurs de détail un niveau de protection renforcé, plus robuste et cohérent.

Ce rappel est important car il fixe une boussole : même si les modalités d’application restent à préciser, le mouvement est clair. La RIS porte une élévation des standards attendus sur le retail — dans une logique de confiance, de comparabilité et de cohérence de marché.

Début 2026 : une étape charnière pour la mise en œuvre opérationnelle de la réforme

L’accord ouvre désormais la voie vers un point de bascule opérationnel : la finalisation technique du texte, annoncée début 2026, avant adoption formelle et publication.

Cette étape déterminante marque généralement le moment où les établissements peuvent passer :

  • d’un suivi de place et d’hypothèses,
  • à une lecture suffisamment stabilisée pour structurer une trajectoire interne.

La réforme RIS n’est pas encore “finalisée”, mais elle devient progressivement opérationnellement exploitable.

Ce que l’accord du 18 décembre 2025 rend plus clair :

  1. La RIS s’inscrit désormais explicitement dans la SIU et une logique de compétitivité
  2. La simplification devient un objectif politique affiché
  3. Le marketing digital et les pratiques d’influence sont mis au premier plan en matière de mise en conformité
  4. Début 2026 ouvre une phase de finalisation technique, donc de concrétisation

Ce que cela implique dès à présent pour les établissements :

  • Cartographier les dispositifs marketing digital et les partenariats tiers
  • Revoir la lisibilité et la cohérence des parcours documentaires retail
  • Anticiper les impacts SI et process liés aux exigences de simplification
  • Préparer un dispositif de pilotage transversal Conformité / Distribution / Marketing

L’accord politique provisoire du 18 décembre 2025 ne bouleverse pas l’architecture de la réforme. Il en clarifie la trajectoire et, surtout, en change le rythme.

La RIS s’inscrit désormais explicitement dans une logique de compétitivité européenne, avec une exigence double : protéger davantage l’investisseur de détail tout en rendant le cadre plus lisible et plus opérationnel. Cette combinaison crée une tension structurante pour les établissements : élever les standards sans réintroduire de complexité inefficace.

La mise en avant du marketing digital et des pratiques d’influence confirme également un déplacement du centre de gravité du risque. La conformité ne se limite plus à la documentation contractuelle ou au moment de la vente ; elle s’étend désormais à l’ensemble de l’écosystème de communication et de distribution.

Début 2026 marquera l’entrée dans une phase technique de stabilisation du texte. Pour les acteurs, cette séquence sera déterminante. Ce n’est pas le moment d’attendre la publication formelle pour s’interroger : c’est celui d’anticiper, de cartographier les impacts, et de structurer une trajectoire cohérente entre conformité, distribution, marketing et systèmes d’information.

La RIS progresse. Et avec elle, une exigence accrue de cohérence stratégique. Ceux qui considéreront cette réforme comme un simple ajustement réglementaire risquent d’en sous-estimer la portée. Ceux qui l’aborderont comme une transformation structurelle de la relation retail et de la gouvernance des produits disposeront d’un véritable levier d’avance.

A PROPOS DE L'EXPERT

Mariem Ben Hadid

Mariem Ben Hadid

Directrice Conseil en charge des activités Conformité & Gestion des Risques, pour le secteur Services Financiers - CGI Business Consulting

Mariem Ben Hadid est Directrice Conformité et Gestion des Risques chez CGI Business Consulting.