À mesure que les banques se tournent vers les paiements instantanés, notamment vers les virements entre comptes, et que les marchés se retrouvent eux aussi bouleversés en raison de l’impact qu’a eu la pandémie sur les activités bancaires, la chaîne de valeur des paiements en entier doit évoluer rapidement. Des changements majeurs ont déjà été apportés dans le secteur des banques de détail dans plusieurs pays, et de nouveaux développements sont annoncés presque tous les jours. Tout récemment, l’Arabie saoudite a annoncé qu’il serait possible d’utiliser des modes de paiement instantané dans certains points de vente en numérisant un code QR à partir d’un appareil mobile. Les paiements instantanés sont également à l’origine d’une importante transition des messages de paiement vers les plus récents formats ISO 20022.

Les banques centrales sont elles aussi en pleine phase de changement. Ces dernières gèrent systématiquement les liquidités ainsi que les mécanismes de compensation et de règlement des paiements, qu’ils soient importants ou non, grâce à des systèmes centraux de paiement tels que le système de règlement brut en temps réel (RBTR). Cependant, plusieurs de ces systèmes fonctionnent sur des plateformes qui datent de 20 à 30 ans. De plus, ces dernières utilisent des formats de message sur mesure et leur maintenance ainsi que leur remplacement sont de plus en plus coûteux. Le résultat : plusieurs banques centrales lancent des programmes de modernisation visant à remplacer une partie de leurs infrastructures de TI centrale ainsi qu’à les adapter pour l’avenir.

Les banques centrales sont essentielles pour tous les pays et toutes les régions du monde. Si un système de règlement brut en temps réel (RBTR) est en panne, ou si les participants sont incapables de s’y connecter, les capacités de fonctionnement de tous les marchés risquent d’être compromises. Parallèlement, des erreurs de paiement ou la défaillance d’un cycle de compensation peuvent avoir de sérieuses conséquences pour toutes les parties concernées. Les banques font donc généralement preuve d’une grande prudence lorsqu’elles remplacent leurs systèmes centraux. Elles ne sont toutefois pas moins ambitieuses.

Alors, que nous réserve l’architecture de la prochaine génération de banques centrales?

Faire la transition vers des normes de messagerie communes

L’aspect le plus important de la future architecture des banques centrales est d’adopter des normes communes en matière de messagerie, notamment la norme ISO 20022, un standard pour les messages de paiements dans le secteur. Il s’agit d’un processus très important, puisque cette migration assure non seulement un langage de paiement commun, mais soutient également le transfert de données enrichies dans les messages de paiement. Ainsi, les banques centrales sont en mesure d’analyser les données relatives au routage et à la comptabilité ainsi qu’à la sécurité et au contrôle des fraudes. L’adoption d’une norme commune de messagerie offrira également une meilleure compréhension du trafic et des flux de données au sein des systèmes et des réseaux. 

La génération précédente de systèmes des banques centrales accordait une plus grande valeur à la vitesse de traitement et à la fiabilité, qu’à la possibilité de traiter un plus grand nombre de données. Maintenant que la puissance de traitement est relativement abordable (et que les systèmes sont davantage en mesure de tirer profit des données), les données enrichies sont devenues beaucoup plus importantes et faciles à traiter. 

Viser l’interopérabilité

En plus d’introduire la norme ISO 20022, nos futures plateformes devront impérativement être assez flexibles pour traiter plusieurs types de paiements et être compatibles avec de nombreuses méthodes de paiements au sein d’un même environnement. Alors que de nombreuses banques centrales jonglent avec plusieurs environnements afin d’assurer leur robustesse et leur résilience, la capacité de mettre à profit différentes solutions au sein d’un même environnement offre une plus grande fiabilité.

L’idée principale est qu’une fois que tous les systèmes d’un pays ou d’une région utiliseront le même format et les mêmes normes (ISO 20022 dans ce cas-ci), la banque centrale pourra déployer une seule plateforme flexible capable de trier instantanément les messages de paiement ayant peu de valeur, de la même façon que sont traités les messages de paiement importants sur le canal RBTR. 

De même, en utilisant des plateformes de paiement puissantes et flexibles, les banques centrales seront en mesure de traiter des ensembles de transactions reçus directement des chambres de compensation automatisées de façon standard. Elles pourront ouvrir et « réduire » les ensembles, traiter les messages individuellement et ensuite assurer un suivi des messages de chaque ensemble afin d’assurer qu’ils sont traités adéquatement.

Partager les liquidités entre différents mécanismes de paiement

L’utilisation de plusieurs mécanismes de paiement au sein d’un même environnement pourrait se traduire par d’importantes économies pour les participants en matière de liquidités. En les partageant parmi plusieurs mécanismes de paiement, il sera possible de créer un bassin de liquidités qui pourra être automatisé. Les banques centrales seront ainsi en mesure d’obtenir une vue d’ensemble de leurs liquidités au sein de plusieurs canaux, afin d’assurer un contrôle réglementaire plus serré.

Intégrer la sécurité

Aujourd’hui, les architectures existantes exploitées par plusieurs banques centrales nécessitent de nouvelles couches de sécurité en raison de l’apparition continue de nouveaux enjeux et types de fraude. Cette approche de sécurité « ajoutée » est non seulement laborieuse et chronophage, mais également réactive, c’est-à-dire que certaines vulnérabilités peuvent encore exister même lorsque le travail est terminé. En revanche, la sécurité est désormais intégrée dans les nouveaux systèmes pendant leur conception. Il est donc beaucoup plus facile de protéger les systèmes et les données tout en assurant la continuité du service. Dans cet environnement, les banques centrales peuvent développer plus rapidement de nouveaux contrôles et processus contre les fraudes au fur et à mesure que les menaces apparaissent, et ainsi les déployer en temps opportun.

Mettre à profit l’intelligence artificielle permet également de renforcer la protection en temps réel contre des menaces de plus en plus sophistiquées, tout en réduisant les besoins de maintenance continue des plateformes centrales.

Conclusion

En développant une plateforme universelle qui sera en mesure de supporter plusieurs solutions et modes de paiement, les banques centrales pourront ajouter une toute nouvelle couche de flexibilité à leurs infrastructures de paiement. Elles pourront ainsi répondre à de nouveaux concepts, solutions et occasions de paiement beaucoup plus rapidement qu’elles ne le pouvaient auparavant, et ce, tout en créant de la valeur. Les banques centrales peuvent également intégrer des solutions de paiement émergentes aux plateformes, au besoin, sans engendrer de coûts pour le déploiement de technologies supplémentaires. De plus, la fiabilité de la plateforme sera elle aussi accrue grâce à une sécurité plus avancée, réduisant ainsi les coûts et améliorant l’utilisation des liquidités.

L’avantage le plus important sera peut-être la capacité des banques centrales à traiter des données plus riches et complexes. Les données supplémentaires contenues dans les messages ISO 20022 leur permettront de suivre leurs systèmes plus efficacement, de déceler des anomalies dans le traitement des modèles, d’offrir un contrôle amélioré des fraudes et de la sécurité, de rationaliser la comptabilité d’arrière-guichet et d’offrir des régulateurs comportant plus d’information à des fins de conformité.

CGI collabore avec des banques centrales partout dans le monde afin de les aider à bâtir la prochaine génération d’architecture de paiements. N’hésitez pas à communiquer avec moi pour discuter de notre travail et du futur du système bancaire central en général.

À propos de l’auteur

Andy Schmidt

Andy Schmidt

Vice-président, Banques de détail

Andy Schmidt est un ancien banquier et analyste de l’industrie qui a comme mandat d’aider CGI à concrétiser sa stratégie au sein du secteur des services financiers. Il compte plus de 25 années d’expérience au sein des services financiers, d’abord en tant que banquier chez ...

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