Lors d’une table ronde des Rencontres CGI et le secteur public consacrée à la souveraineté numérique, les hauts fonctionnaires qui ont témoigné ont redéfini la souveraineté comme un cadre d'innovation et un accélérateur de transformation. Pour contrer le risque de déclassement, administrations, collectivités et hôpitaux doivent maîtriser leurs dépendances, protéger leurs systèmes critiques et sécuriser leurs compétences, ont-ils souligné.
La souveraineté numérique est la capacité d'une administration à préserver son autonomie d'action en maîtrisant trois piliers fondamentaux : ses données, ses infrastructures technologiques et ses compétences critiques. Bien au-delà d'une simple localisation des serveurs, la souveraineté englobe la faculté à résister aux dépendances externes, à anticiper les menaces et à disposer des marges de manœuvre suffisantes pour adapter ses choix technologiques aux évolutions du contexte.
Voilà la définition portée lors de la table ronde « Souveraineté numérique, un levier de performance pour le secteur public », temps fort qui a lancé les Rencontres CGI et le secteur public il y a quelques semaines. Un échange très suivi et résolument tourné vers l’opérationnel. Les quatre intervenants – pour deux d’entre eux engagés sur des responsabilités au plus haut niveau de ministères régaliens – ont détaillé leurs feuilles de route et martelé un message clé : la souveraineté doit dépasser toute posture uniquement défensive pour être appréhendée comme un cadre d’innovation et de transformation pour le secteur public. Souvent l’expression « autonomie numérique » a suppléé celui de « souveraineté », terme qui embarque trop souvent raccourcis et fantasmes, ont regretté les participants.
Maîtriser, protéger, sécuriser
Les échanges ont abordé trois dimensions pragmatiques qui nourrissent aujourd’hui et plus encore dans les mois et années à venir la stratégie des organisations publiques. Il faut ainsi :
- maîtriser les dépendances : cartographier, diversifier les fournisseurs, préserver la possibilité de réinternaliser
- protéger les systèmes critiques : assurer confidentialité, intégrité et disponibilité des données publiques sensibles
- sécuriser les compétences : disposer en interne des expertises critiques pour garder le contrôle technologique
Les quatre décideurs ont porté une approche dynamique et vivante, soulignant la nécessité de réévaluer régulièrement les menaces et les dépendances consenties qui ne sont plus acceptables et d’anticiper les changements technologiques (IA, calcul haute performance) plutôt que les subir. « La souveraineté n’est pas une question de nationalité de fournisseurs ou de débat idéologique sur cet enjeu », a insisté l’un d’eux.
Plusieurs constats ont convergé de ces interactions de haut niveau, quel que soit le champ d’intervention des hauts fonctionnaires qui ont témoigné.
D’abord, le fait que la souveraineté numérique est au cœur de l’actualité de l’ensemble des acteurs publics : ils sont tous concernés peu importe leur taille ou les politiques publiques concernées. Cette problématique va bien au-delà des seuls sujets techniques ou idéologique.
Ensuite, les réponses doivent être personnalisées et s’adapter en permanence tant les enjeux sont évolutifs. Les équilibres s’ajustent et se réajustent en temps réel. Il faut donc aussi échanger très régulièrement avec les acteurs de l’écosystème du numérique et de la décision publique, regarder et s’inspirer de ce qui se fait ailleurs, particulièrement sur le plan européen : « rien ne se fera sans l’Europe », a souligné un intervenant. Rien ne peut se faire non plus sans coopérations, entre les acteurs publics – État, collectivités, hôpitaux, opérateurs – et entre acteurs publics et acteurs privés.
Enfin, le temps s’accélère plus encore avec l’intelligence artificielle. Le risque de déclassement technologique est réel si le secteur public ne s’engage pas résolument dans l’adoption des nouveaux usages de l’IA. Heureusement, de nombreuses administrations ont adopté des applications concrètes, certaines étaient d’ailleurs représentées sur scène et dans le public. « Le retard sur les GAFAM n’est pas inéluctable, la France et son secteur public ont un fort carburant intellectuel », a glissé une participante.
Conclusion des débats : la souveraineté numérique est une urgence d'action pour nos organisations publiques
Les trois dimensions évoquées (maîtrise des dépendances, protection des systèmes critiques et sécurisation des compétences) ne sont pas des postures défensives mais les fondations d'une capacité d'innovation dans un cadre maîtrisé.
À l'heure où l'État accélère sa transition cloud vers des solutions souveraines et où 89% des agents publics s'approprient déjà les outils d'IA, selon l’enquête réalisée par le ministère de l’Action et des Comptes publics entre janvier et avril 2026, le moment est venu de transformer cette prise de conscience collective en engagement structurel. La table ronde en a témoigné : les décideurs publics s’approprient la souveraineté numérique comme un levier au service d’une transformation publique engagée et maîtrisée.