Entretien avec Helena Jochberger, Vice-Présidente Monde et Responsable du secteur Industrie et des activités conseils chez CGI
En 2026, l’industrie dépasse l’ère des POC pour atteindre le « Unified Manufacturing » :une convergence IT/OT qui relie l’ingénierie, la production et l’entreprise grâce à des données unifiées et gouvernées.
Si cette dynamique est portée par la recherche d’efficacité, de performance et de résilience, elle permet aussi de déployer l’IA à grande échelle (agents, triplet numérique). Helena Jochberger partage un cas d’usage marquant : un leader de l’industrie minière qui vient de standardiser l’IT de ses 60 usines !
On entend de plus en plus parler d’Industrie 5.0. Qu’est-ce qui change vraiment en 2026 dans le manufacturing ?
Helena : À mes yeux, nous sortons progressivement de la phase du « innover pour innover ». Le point de bascule, c’est la convergence IT/OT mise au service d’enjeux opérationnels très concrets : efficacité, performance industrielle, qualité, résilience… Le manufacturing ne peut plus être un assemblage hétéroclite d’outils et de POC. Comme disent les Anglo-Saxons : playtime is over. Les industriels attendent désormais des transformations de bout en bout, gouvernées, mesurables et surtout scalables.
Laissez-moi clarifier ce que j’entends par convergence IT/OT. L’objectif aujourd’hui est de connecter la réalité opérationnelle — les machines, les procédés, la maintenance, la sécurité — avec les systèmes IT — ERP, PLM, MOM, plateformes data, analytiques, cybersécurité, pilotage de la performance. Et de le faire avec une donnée fiable, unifiée, accessible en temps réel et partagée entre les fonctions.
Mais n’est-ce pas le vœu pieux de tous les industriels depuis des années ?
Helena : Bien sûr — mais aujourd’hui, les industriels n’ont plus le choix. La pression n’a jamais été aussi forte : transition énergétique, volatilité des coûts, complexité des chaînes d’approvisionnement, émissions carbones, tensions géopolitiques et macroéconomiques. Au cours des trois à cinq prochaines années, la création de valeur ne viendra plus de l’excellence de l’ingénierie prise isolément, mais de sa capacité à se connecter au manufacturing, à la donnée et aux objectifs business.
Comment décririez-vous cette évolution de l’ingénierie ?
Helena : Historiquement, l’ingénierie définissait un produit à travers sa conception et ses spécifications, puis l’exécution était laissée aux lignes d’assemblage. La logique est aujourd’hui très différente : l’ingénierie délivre une intention qui évolue avec les retours opérationnels. Enfin, la boucle se referme ! Les décisions d’ingénierie ont un impact direct sur le rendement, la consommation énergétique, les rebuts, les émissions et le time-to-market.
Quand on parle autant de continuité numérique, on parle en réalité de Unified Manufacturing. L’idée est de disposer d’un système de production qui relie l’ingénierie, le manufacturing, les objectifs business et la durabilité…
Pourquoi l’Unified Manufacturing représente-t-il l’avenir ?
Helena : Parce que l’IA sera la prochaine étape vers des industries encore plus performantes et résilientes. Avec l’Unified Manufacturing, on dispose enfin d’une donnée gouvernée. Et il n’y a aujourd’hui aucun doute : sans donnée de qualité, il n’y a pas de projet IA viable.
machine learning. La nouveauté, c’est l’arrivée de l’IA générative et d’agents IA capables d’orchestrer des actions et de guider les opérateurs. Il y a aussi l’idée du « digital triplet », une extension du jumeau numérique avec davantage de scénarios et d’exploration. La brique IA permet de faire du scenario planning : si l’on modifie un paramètre ou un composant, l’IA projette les conséquences, compare les options et peut proposer de nouvelles trajectoires. Cela fait émerger de nouveaux concepts d’« intelligence » appliqués à l’ingénierie et aux opérations : ce qu’on pourrait appeler un pilotage véritablement intelligent…
Mise en lumière d’un cas client
Comment l’un des leaders mondiaux de l’industrie minière a standardisé les systèmes IT de ses 60 usines avec CGI
Ce cas d’usage illustre parfaitement le véritable défi du manufacturing en 2026. Le point de départ était structurel : plusieurs divisions, près de soixante usines — et autant de feuilles de route technologiques décidées localement. Résultat : des coûts d’exploitation élevés et de grandes difficultés à standardiser sans affecter la productivité locale.
L’approche éprouvée de CGI a consisté à reconstruire une trajectoire commune via l’architecture Manufacturing Atlas. L’objectif ? Cartographier les domaines métiers et leurs enjeux, puis définir une stratégie de transformation de bout en bout. En parallèle, une initiative d’Enterprise Data Management s’est attaquée à la cause initiale : passer de données dispersées et hétérogènes à une qualification et une structuration de la donnée permettant un pilotage à l’échelle du groupe.
En deux ans, la dynamique s’est structurée autour d’une logique progressive de globalisation et de standardisation, soutenue par une architecture plus cohérente : ERP centralisé, alignement entre PLM et MES, et un important effort de conduite du changement pour aligner les équipes IT et métier. Trois objectifs seront bientôt atteints : réduction des coûts, renforcement de la résilience et accélération de l’innovation...
