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La promesse de la « Mobility as a Service » (MaaS) ? Rassembler tous les modes de transport au sein d’une même application. Explications avec Chhoeunarith Phlek et Stéphane Buonanno.

Freefloating, covoiturage, autopartage… les modes de déplacement évoluent et leurs usages aussi. Promulguée en 2019, la loi d’orientation des mobilités (LOM) cherche à les encadrer tout en considérant l’urgence environnementale – le transport est le premier poste de production des gaz à effet de serre sur le territoire français (30%). L’idée est notamment de mieux adresser le « first mile » et le « last mile », qui peuvent représenter 40 à 50 % du temps de trajet moyen en transports collectifs, et qui incitent donc souvent à l’utilisation de la voiture individuelle (autosolisme).

L’article 28, qui entrera en vigueur le 1er juillet prochain, cible une pratique qui existe déjà : la possibilité pour les acteurs numériques de vendre des services de mobilité. Aujourd’hui, lorsque l’on veut aller d’un endroit à un autre en utilisant plusieurs modes de transport, on doit jongler entre différentes applications. L’idée de l’article 28 est de remédier à cela, en faisant en sorte que n’importe quel acteur puisse vendre des tickets de bus, des trajets en train ou des trajets en trottinette. On pourra alors se rendre de Lyon au XVe arrondissement de Paris en passant par une seule application et une seule transaction, bref, en un minimum de clics.  

Deux rôles pour une expérience usager simplifiée

D’un côté, les gestionnaires de service, qui offrent des solutions de mobilité (Île-de-France Mobilités, Lime, Uber etc). De l’autre, les Services Numériques Multimodaux (SNM, terme introduit par la loi) désignant les acteurs numériques qui vendent les titres de transport d’un ou de plusieurs gestionnaires de services. Ces derniers peuvent aussi devenir des SNM.

Les avantages ? Pour les SNM, offrir une expérience « sans couture » aux usagers, pour augmenter leurs ventes et générer plus de trafic. Les gestionnaires de services vont toucher plus d’utilisateurs en empruntant de nouveaux canaux de distribution. Et l’utilisateur final va, lui, pouvoir profiter d’une expérience simplifiée de bout en bout : de la recherche d’informations à l’achat de billets. En facilitant l’accès et le paiement des différents modes de transport, on va atteindre les deux objectifs de la loi : sortir de la dépendance à l’automobile et accélérer le développement des nouvelles mobilités.

Mais, au vu des enjeux techniques, tous les acteurs ne pourront pas devenir des SNM. Chaque prestataire de service de mobilité doit construire un système qui ouvre l’accès à ses données. Une intégration complexe et coûteuse.

L’impact de la loi sur le secteur public

Le rôle des autorités organisatrices de la mobilité (AOM) va être renforcé. Elles vont avoir accès à plus de données et peuvent devenir des SNM. Cependant, se positionner sur un tel sujet est nouveau pour le secteur public. Cela risque de multiplier les relations contractuelles et institutionnelles. Ce n’est pas si simple, même si cela est pertinent, car les acteurs publics sont fiables d’un point de vue économique et environnemental. Reste donc à savoir si la mise en place d’un tel système est possible – au vu du mille-feuille administratif français – et souhaitable – puisqu’il pourrait induire une forme de concurrence entre public et privé. Avec un avantage pour les entreprises : elles peuvent transgresser les frontières qui bornent l’action des acteurs publics.

Quoi qu’il en soit, les transports publics auront une carte à jouer face aux géants du numérique : ils seront un élément indispensable pour les SNM qui cherchent à proposer une offre attractive.

La mobilité de demain

Si l’article 28 de la LOM a ouvert le champ des possibles en matière de mobilité numérique, il laisse de nombreuses questions en suspens. Quid du modèle économique des SNM ? Il est possible de proposer la délivrance des titres au même prix, ou l’achat-revente. Ce deuxième modèle est soumis à l’accord des gestionnaires de services, qui n’accepteront pas forcément pour des questions économiques.

Une chose est sûre : l’ouverture à la distribution va instaurer une forte concurrence entre acteurs… mais ce sont les utilisateurs qui auront le dernier mot. Doit-on s’attendre à l’émergence d’un Google de la mobilité, ou bien à la multiplication des services locaux ? Est-ce que les géants du numérique vont former un monopole, avec le risque qu’ils biaisent l’information en fonction de leurs intérêts ? Ou bien les AOM peuvent-ils remporter cette bataille en misant sur la proximité ?

L’article 28 pourrait profiter aux gros acteurs, qui ont les moyens digitaux d’agglomérer tous les transports possibles et imaginables. Bien que la rentabilité du business des transports est peu susceptible d’attirer un Google, ce dernier pourrait être intéressé pour exploiter les données des usagers. Réponse dans quelques mois.

About these authors

Stéphane Buonanno

Stéphane Buonanno

Directeur en charge des activités conseil mobilités urbaines - CGI Business Consulting

Stéphane Buonanno est directeur des activités conseil pour le secteur transport et mobilités urbaines pour CGI Business Consulting ...

Chhoeunarith PHLEK

Chhoeunarith Phlek

Responsable en charge des activités conseil pour les secteurs Transport et Décarbonation

Chhoeunarith PHLEK est responsable en charge des activités conseil dans le secteur des transports et de la décarbonation. Après 9 ans chez EDF, il accompagne depuis 3 ans ses clients dans le domaine du transports dans leurs projets de transformation et développe des activités de ...

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