Ana Domingues

L’électrification : une aubaine pour les sociétés de services publics

Les sociétés de services publics sont confrontées à un dilemme de fond. En raison de pressions sans précédent visant à soutenir un système écoénergétique à faible émission de carbone, elles se trouvent devant un paradoxe qui consiste à encourager leurs clients à consommer moins du produit qu’elles vendent et distribuent : l’électricité. Leurs efforts se sont avérés fructueux et, puisqu’une économie d’énergie d’environ 40 % du total cumulatif des réductions de CO2 est prévue d’ici 2050, on s’attend à ce que ces efforts continuent de porter fruit.

En outre, l’intérêt croissant envers les systèmes énergétiques locaux, la nouvelle propension des consommateurs à vouloir produire leur propre électricité, ainsi que la chute rapide du prix des batteries à petite échelle (celles-ci devraient constituer 57 % du stockage énergétique à l’échelle mondiale d’ici 2040 selon l’Agence internationale de l’énergie) risquent de généraliser l’autoproduction et de poser une menace supplémentaire aux revenus provenant de l’électricité. La croissance de la demande d’électricité est donc extrêmement faible.

Cette situation cache-t-elle une aubaine pour les sociétés de services publics?

En bref, la réponse est oui. L’électrification à grande échelle offre aux services publics une occasion de compenser la chute de la demande et la perte de revenus. Il sera nécessaire de mettre en place des mesures plus strictes en vue d’atteindre les cibles de l’Accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique à bien en dessous de 2°C (par rapport aux niveaux de l’ère préindustrielle). Les secteurs industriel et des transports seront responsables de presque toutes les autres émissions dans le cas d’un scénario « 2oC-2050 ». Mais pour atteindre l’objectif de limiter le réchauffement à « bien en dessous » de 2°C, la décarbonisation de ces secteurs est essentielle. Si elle est atteinte grâce à l’électrification, la croissance de la demande en électricité pourrait assurer la rentabilité et la pertinence des sociétés de services publics au sein du marché changeant de l’énergie.

L’électrification constitue déjà une bonne façon de « décarboniser » ces secteurs. Cependant, si l’on prend en compte l’électrification des transports et des systèmes de chauffage et de ventilation, combinée à la nécessité de réduire les émissions de carbone de la production d’électricité, l’électrification s’avère une option d’autant plus prometteuse.

Électrification du transport et des systèmes de chauffage et de ventilation

Les avantages de l’électrification des véhicules risquent d’être décuplés si les véhicules électriques sont considérés comme faisant partie intégrante du nouveau système énergétique. Les véhicules électriques ainsi que les systèmes de chauffage et de ventilation électrifiés peuvent potentiellement comprendre des services de gestion des réseaux de distribution pour l’équilibrage et le délestage des charges. Grâce au chargement intelligent et à l’exploitation de la batterie des véhicules électriques à des fins de flexibilité, il est possible d’intégrer de plus importants volumes d’énergies renouvelables et d’offrir plus d’avantages aux consommateurs.

Les véhicules électriques feront partie de la solution et ne sont pas considérés comme un problème puisqu’ils ont une incidence sur la structure de la demande et qu’ils augmentent la consommation d’électricité. Par exemple, la recharge des véhicules lorsque les énergies renouvelables sont produites en grande quantité et que les prix sont bas permettra au système énergétique de mieux s’adapter à l’énergie solaire et éolienne intermittente. L’électrification des systèmes de chauffage et de ventilation, combinée aux compteurs intelligents, à la tarification dynamique et à l’entreposage de l’énergie, peut grandement contribuer à l’efficacité du système énergétique en permettant la mise en place de mécanismes directs d’adaptation de la demande. La combinaison des énergies renouvelables et de l’entreposage avec l’électrification du transport et des systèmes de chauffage et de ventilation accélérera le taux de décarbonisation de ces secteurs.

Défis liés à la décarbonisation

L’Europe souhaite devenir carboneutre d’ici 2050 et le secteur de l’énergie se dirige clairement et irrévocablement vers cet objectif. Les faits indiquent que depuis 1990, les émissions de CO2 par kWh ont diminué de plus de 25 % dans l’ensemble de l’Union européenne. Il y a également une accélération indéniable du rythme du déploiement de systèmes de production d’énergie renouvelable. Les révisions annuelles alarmantes de Bloomberg en ce qui concerne les prévisions pour 2040 en matière de capacité solaire et éolienne, particulièrement dans le rapport NEO (New Energy Outlook) 2017, sont des indicateurs éloquents.

Certes, il y a de nombreux défis à l’électrification des domaines du transport et des systèmes de chauffage et de ventilation, mais ils ne sont pas liés à la technologie. Eurelectric, le Groupement européen des entreprises d’électricité, a établi un ensemble de conditions qui comprend notamment la nécessité de renforcer le système d’échange de droits d’émission de l’UE, la mise à jour du facteur d’énergie primaire (PEF), la mise en œuvre de normes strictes pour la mesure des émissions des véhicules, le renforcement des infrastructures de chargement, le partage des coûts liés aux politiques parmi l’ensemble des fournisseurs d’énergie ainsi que la refonte du marché en fonction d’une approche globale visant à intégrer les véhicules électriques et les solutions de chauffage et de ventilation.

La volonté de réussir

La liste est longue, mais tout porte à croire que l’électrification des transports peut être réussie si elle est soutenue par des politiques pertinentes pour atteindre les cibles de changements climatiques. La Norvège, par exemple, agit en pionnière quant à l’adoption des véhicules électriques avec une part de marché de plus de 17 %. Cette approche est soutenue par des politiques progressistes telles que l’exemption de taxe sur la valeur ajoutée, la réduction des charges sur les routes, l’accès aux couloirs d’autobus et au stationnement gratuit, ainsi qu’un programme ambitieux d’infrastructure.

Comme la Norvège, qui prévoit progressivement retirer les voitures à l’essence et au diesel d’ici 2035, d’autres pays ont décidé d’interdire les moteurs à combustion interne : l’Allemagne d’ici 2030 et la France et le Royaume-Uni d’ici 2040. Volvo a également annoncé ses plans pour de n’offrir que des voitures électriques à batterie (partiellement ou complètement) à compter de 2019. D’après ces mesures, il apparaît évident que les facteurs les plus contraignants des technologies traditionnelles, tels que la capacité de la batterie et « l’angoisse de la panne », constituent de moins en moins des barrières à l’adoption des véhicules électriques par le marché de masse.

L’électrification peut constituer une aubaine pour les sociétés de services publics en leur permettant de renverser les effets de la diminution de la demande et d’augmenter les revenus. Il leur faudra cependant faire preuve d’un engagement solide et d’efforts dévoués. Si elles souhaitent une électrification massive de l’ensemble des secteurs, elles devront agir de façon proactive dans l’atteinte de cet objectif et notamment convaincre les politiciens et les organismes de réglementation des avantages du modèle et de la nécessité de mettre à l’essai les nouvelles technologies et nouveaux modèles d’affaires et opérationnels.

CGI soutient les sociétés de services publics par la participation à différents projets tels que l’initiative du centre de mobilité durable Clean Mobility Center, qui assure la collaboration entre le secteur commercial, les institutions éducationnelles et le gouvernement et qui met l’accent sur des solutions novatrices pour toutes les formes de transport durable. L’événement Salon European Utility Week 2017 aura lieu du 3 au 5 octobre à Amsterdam. Des experts des services publics et de la transformation numérique de CGI répondront aux questions à propos du Clean Mobility Center et de son objectif de devenir le chef de file en matière de mobilité durable aux Pays-Bas.

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