Ana Domingues

Modèles d’affaires émergents dans les services publics

Pour tous les secteurs d’activité, la numérisation transforme la manière dont fonctionnent les organisations. Dans le secteur des services publics, de nombreux modèles d’affaires émergent, dont plusieurs sont étroitement liés au besoin pressant de se tourner vers une économie à faible émission de carbone. Cette transition entraîne des changements dans la demande, causés par une électrification grandissante, ainsi que dans la production, grâce à l’essor des énergies renouvelables. Les consommateurs deviennent des fournisseurs d’énergie et certains organismes indépendants établissent même leurs propres actifs de production d’énergie.

Ces changements compliquent le maintien de l’équilibre entre écoresponsabilité, abordabilité et fiabilité. Le nouveau système énergétique doit de plus traiter les consommateurs comme des acteurs du marché à part entière afin de leur offrir une valeur ajoutée et de mieux gérer le réseau.

L’une des réponses possibles à ces défis est de tirer avantage de la flexibilité intrinsèque au système. Il existe de nombreux exemples de grandes entreprises qui diminuent leur consommation en période de pointe afin d’économiser de l’argent, ou qui accordent l’accès à leurs actifs de génération auxiliaire aux opérateurs de système afin de réaliser une recette supplémentaire. Une maison d’édition écossaise, The Herald and Times Group, en est un exemple probant : cette société encaissera jusqu’à 250 000 £ au cours des cinq prochaines années grâce à un partenariat avec des opérateurs tirant parti de l’adaptation de la demande.

L‘adaptation de la demande n’est toutefois pas la chasse gardée des grandes entreprises. Des appareils intelligents connectés à de l’équipement comme les appareils de chauffage, de climatisation et de traitement de l’air peuvent aider les consommateurs à moduler leur consommation d’énergie en temps réel. Tous les appareils électroménagers seront un jour branchés au réseau, ce qui permettra aux consommateurs de contrôler et de réduire leur consommation d’énergie et les coûts afférents.

Les modèles permettant le commerce d’agrégation de charges sur le marché du gros génèrent aussi de l’intérêt. Par exemple, Alliander, un important opérateur de réseau néerlandais, offre une solution permettant à des regroupements de consommateurs de mettre en commun leur besoin ou leur surplus d’énergie et d’interagir sur les marchés existants. À plus grande échelle, trois géants industriels du Royaume-Uni ont mis sur pied le programme Living Grid qui met en commun leur puissance flexible. Ce groupe désire recruter une vingtaine d’organisations supplémentaires.

Une autre façon de créer de la valeur est d’établir une connexion entre les producteurs et les consommateurs locaux, de leur offrir de meilleurs prix et de les aider à réduire les pertes d’énergie. Par exemple, les nouveaux fournisseurs britanniques et néerlandais tentent de se démarquer en offrant des services qui mettent en contact des consommateurs désireux d’acheter de l’énergie renouvelable avec des producteurs locaux.

Ces modèles ont en commun la nécessité d’échanger de grandes quantités de données en temps quasi réel, et le soutien aux nouveaux acteurs qui se spécialisent dans la monétisation des données ainsi que dans la création d’entreprises centrées sur les maisons intelligentes et les modes de vie pratiques. L’une des dix principales prédictions d’IDC Energy Insights pour les services publics en 2017 énonce que d’ici 2020, près de 20 % des parts du marché de détail énergétique seront détenues par des producteurs indépendants et des innovateurs numériques.

Toutefois, certaines sociétés de services publics visionnaires réalisent des percées dans le marché des maisons intelligentes en mettant à l’essai des solutions avancées permettant aux consommateurs de mieux gérer leur consommation et leur production d’énergie, y compris des panneaux solaires sur le toit, des systèmes de recharge des véhicules électriques et des électroménagers intelligents. Deux choses sont claires dans ce scénario : 1) il faudra envoyer aux consommateurs davantage de signaux en temps réel concernant les prix; et 2) les opérateurs de réseau, les fournisseurs et les opérateurs du marché central (dans divers pays européens) devront travailler de concert.

Partant du concept d’une économie du partage de l’énergie, Alliander s’attaque maintenant aux défis conjugués de la recharge des véhicules électriques, du besoin de gérer la congestion locale et de la nature intermittente de l’énergie renouvelable. Sur l’île néerlandaise de Texel, Alliander mène un projet pilote dans lequel il utilise une chaîne de blocs et des données en temps réel sur le réseau afin de former une solution complète qui permet aux consommateurs d’échanger de l’énergie entre eux. Les propriétaires de véhicules électriques Tesla peuvent traiter directement avec leurs voisins « prosommateurs » à l’aide de signaux de prix basés sur le marché et ainsi diminuer la charge de pointe.

Les sociétés de services publics, comme l’entreprise énergétique allemande RWE, cherchent également à favoriser l’adoption des véhicules électriques grâce à leur concept de bornes autonomes de recharge électrique, basé sur la chaîne de blocs. Selon ce concept, les usagers pourront louer une borne de recharge en versant un acompte remboursable et paieront des frais calculés en fonction de l’électricité qu’ils consomment plutôt que du temps de recharge, qui constitue la norme actuelle.

Les modèles basés sur les échanges pair-à-pair entre les petits producteurs et les usagers sont très prometteurs, particulièrement en raison du développement de nouveaux modèles d’affaires rendus possibles par les microréseaux et les miniréseaux. Dans ce contexte, la combinaison de l’énergie renouvelable, du stockage d’énergie et de la production combinée de chaleur et d’énergie diminue la pression sur le réseau principal. Centrica réalise actuellement un projet pilote à Cornwall, au Royaume-Uni, afin de démontrer les possibilités de ces nouveaux « marchés virtuels ».

Ces nouveaux modèles d’affaires assureront aux consommateurs une place centrale dans le marché et créeront de nouvelles façons d’accroître la valeur qu’ils tirent du système énergétique. Des défis d’ordre réglementaire sont certainement à prévoir, mais si la valeur créée pour les consommateurs et le système énergétique est suffisamment élevée, le changement sera impératif. Et ce changement pourrait éventuellement mener à une restructuration complète de la chaîne de valeur énergétique, comme envisagé dans le cadre de la stratégie énergétique de l’État de New York : Reforming the Energy Vision (REV) (en anglais).

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